Chronique de la Rambarde : le derby comme révélateur…

20/01/2017

Le capitaine Phoenix Battye et ses coéquipiers d’attaque pour le derby face à Narbonne

Le souvenir douloureux du match aller. Un sentiment d’injustice mêlé à de la frustration et une déception légitime. Le début de la descente aux enfers. L’opposition entre narbonnais et biterrois il y a quelques mois laisse encore un goût amer dans le clan des Rouge et Bleu. C’était si loin et Béziers pointait encore sur le podium. Depuis, l’ASBH noie son chagrin et tente de relever le défi du maintien. Des têtes sont tombées, un nouveau staff est arrivé pour insuffler une dynamique afin d’inverser une tendance infernale, des rumeurs parfois aussi crédibles que farfelues alimentent le quotidien. Mais la priorité reste sportive et ce derby représente une occasion idéale pour s’extirper de la zone rouge. 

ÉTAT D’ESPRIT ET CONVICTIONS

Le déplacement à Oyonnax la semaine dernière n’aura pas été vain. Si les hommes de David Aucagne et David Gérard sont repartis bredouilles, les biterrois n’ont jamais lâché prise. Jusqu’à revenir à un 27/23 à 5 petites minutes de la fin, dans les clous d’un bonus offensif qui n’aurait pas été usurpé. Dans des conditions dantesques, cette rencontre sera utile pour la suite et aura permis également d’apprécier pour le nouveau staff qu’il peut compter sur bon nombre de joueurs dans la longue course annoncée vers le maintien. Ce sursaut dans l’Ain après des difficultés rencontrées dans les fondamentaux est révélateur. Ne rien lâcher tel est le leitmotiv incessant des coachs qui doivent encore peaufiner leurs discours et ainsi au fil des journées adapter leurs stratégies. David Aucagne y revient : « Il y a beaucoup de choses à travailler. Ce que j’aime c’est l’écoute du groupe et l’enthousiasme qui se dégage. Ils nous ont accueilli les bras ouverts sans réserve particulière. Maintenant il faut le retranscrire sur le terrain, avoir plus de lucidité à certaines périodes cruciales des matchs notamment sur nos sorties de camp où nous sommes plutôt fébriles. L’état d’esprit m’a plu à Oyonnax, avec les intempéries c’était compliqué pour tout le monde, il reste des détails à régler notamment le secteur de la mêlée. » Quoi de mieux qu’un derby face au meilleur ennemi pour impliquer davantage l’ASBH dans sa quête d’un sauvetage. Le match aller est présent dans tous les esprits. Le sentiment de revanche sera présent sans pour autant se déconnecter de la réalité et du travail à réaliser. Un tel match ne se galvaude pas, surtout dans la situation actuelle du club. 

Les principaux concernés en ont conscience. Leurs responsabilités engagées également dans la tourmente actuelle. Personne ne doit s’échapper et l’opposition face à Narbonne peut-être considérée comme un tournant de la saison. Au classement et dans les esprits. Marco Pinto-Ferrer le talonneur l’évoque à son tour : « Ce soir on connaîtra le contexte. C’est une occasion en or de sortir éventuellement de la zone de relégation. Si nous sommes à la quinzième place c’est que nous l’avons mérité même si c’est dur à l’admettre. Pourtant à plusieurs reprises nous ne sommes pas passés loin cette saison. Au match aller, cette défaite nous a fait très mal, c’était le début d’une spirale négative et nous avons enchaîné les mauvais résultats. » En effet les chiffres ne trompent pas, 9 défaites sur les 10 rencontres disputées derrière, et cela vous flanque tout en l’air. Du coup l’arrivée d’un nouveau duo d’entraîneur a t’il déjà porté ses fruits ? Rémi Bourdeau, le troisième ligne se confie :« C’est une question de fraîcheur mentale peut-être et que certains d’entre nous avaient besoin d’entendre un autre discours voire d’un nouveau plan de jeu. Ils amènent de la confiance envers le groupe et c’est très important pour les prochaines échéances ». Le derby comme opportunité de continuer cette reconstruction collective poursuit-il : « C’est un match charnière. Pour nous c’est très particulier, Narbonne évolue près de chez nous, il y aura une saveur particulière. On se doit de gagner à domicile comme toutes les autres rencontres. »

 

RETROUVAILLES DAVID GÉRARD-CHRISTIAN LABIT

Et Narbonne dans tout çà, qui poursuit son bonhomme de chemin sereinement, confortablement installé au milieu du tableau. Forts de quelques résultats éloquents, notamment face à Agen, Oyonnax et Montauban dernièrement, les audois ont trouvé leur rythme et préparent avec quiétude leur avenir symbolisé par une vague de prolongations dans l’effectif. Ce derby sera aussi un moment particulier entre David Gérard et Christian Labit, qui durant de nombreuses saisons ont défendu les couleurs du Stade Toulousain jusqu’à évoluer ensemble en Angleterre sous le maillot de Northampton. Ce soir ils se retrouveront sur le terrain, et si à n’en pas douter ils échangeront des souvenirs de leurs carrières, l’actualité sera tout autre chacun ayant des responsabilités sur leurs bancs respectifs. Les audois d’ailleurs sans complexes qui effectueront le court déplacement dans l’optique d’y faire un joli coup. « Narbonne depuis de nombreuses années est une équipe très joueuse. » rajoute Rémi Bourdeau. « C’est une formation très accrocheuse, qui remonte fréquemment des situations périlleuses. Soyons méfiants et mettons l’engagement nécessaire pour se mettre à l’abri en imposant notre jeu. » Les visiteurs qui ont déjà réussi à s’exporter, victorieux à Vannes alors en infériorité numérique et un nul ramené d’Albi sont d’autres motifs qui démontrent que les narbonnais sont capables d’être dangereux. La conquête encore et toujours sera au centre des débats, pour celui qui voudra remporter la mise et reprendre la supériorité régionale d’un soir.

Un derby pas comme les autres, celui qu’affectionne tout particulièrement les supporters des deux camps et qui amènent son lot de nostalgie pour les plus anciens dans l’histoire tumultueuse des deux clubs. Un match toujours sous haute tension, où invectiver et haranguer son prochain est devenu monnaie courante. Où la mauvaise fois s’exacerbe plus que de raison et les considérations des uns et des autres sont diamétralement opposées. Une impatience d’en découdre pour faire plaisir au public et redorer un blason. Espérons que les tribunes soient bien garnies, colorées et bruyantes pour donner le supplément à sa formation fétiche et faire que la fête soit belle. Béziers sort d’une fin de saison 2016 cauchemardesque et pour l’instant lourde de conséquences. L’appui de ses fidèles est primordial dans les bons comme dans les mauvais moments telle une évidence. Mettons de côté ce tintamarre médiatique durant 80 minutes et soyons concentrés sur l’essentiel. L’ASBH est une bête blessée, meurtrie mais qui a démontré parfois des ressources insoupçonnées. C’est sur ce credo qu’il faut s’installer et durer afin d’enclencher une véritable dynamique afin de sortir de l’ornière. L’appel est lancé, et seul le rugby peut nous procurer ce genre de sensation. Comme le disent certains d’entre nous trivialement, en guise de conclusion, un derby ça ne se joue pas, ça se gagne. Place au jeu, à vous Messieurs !

 

Rémy RUGIERO