Andrew Merthens : Nouvelle formule

20/02/2013

Tout juste promu à son nouveau poste de manager général, Andrew Merthens a accepté de répondre à une interview en exclu pour Rugbiterre.

Pourquoi êtes-vous devenu manager général de l’ASBH ? (résultats de Claude Saurel ou démarche personnelle?)

Ce n’est pas un rôle que je recherchais particulièrement. Tout ce que j’ai voulu faire, c’est de bien utiliser mon vécu dans le rugby moderne au service de ce club et surtout de ces joueurs. Les événements de cette semaine se sont enchaînés très rapidement et je me suis aperçu que les actionnaires et l’entourage du club n’étaient pas satisfaits de la copie rendue lors des matchs par le staff et l’équipe actuelle. Donc je me suis senti compris et soutenu dans le fait que les choses étaient toujours à améliorer dans certains secteurs pour permettre aux biterrois de se reconnaître dans leur équipe.
Depuis deux saisons je n’ai pas eu les armes à ma disposition pour faire ce que je pensais être bon pour ce collectif, donc c’est avec grand plaisir et une forte motivation que j’ai accepté mes nouvelles responsabilités et je me sens prêt à amener cette équipe au maximum de ses capacités pour retrouver le goût de la victoire, en sachant que le prochain blocs nous offre des matchs capitaux dont deux derbys à domicile ou je souhaite une véritable communion entre le public et son équipe.

Vous qui n’avez jamais manager toute une équipe, comment abordez vous votre nouveau rôle ?

Il y a beaucoup à améliorer sur le terrain, et les joueurs en sont capables, mais tout d’abord il faut une bonne organisation, une semaine bien structurée et une bonne démarche pour travailler intelligemment et bien se préparer pour le match. Lorsqu’une équipe semble perdue dans le match c’est à cause de la préparation. Nos joueurs se sont montrés motivés et fiers à certains moments et ça ne disparaît pas. Ils sont capables d’être vaillants une semaine, puis s’en foutre du club ou du maillot la fois suivante, comme certains disent lors des mauvaises prestations.

Donc pour mieux répondre à la question, on va attaquer la semaine prochaine avec une organisation bien claire et précise, des améliorations à faire dans certains secteurs du jeu – notamment les déblayages, organisation/cohésion en défense et circulation/redistribution en attaque – et surtout une énergie et volonté collectives pour attaquer le match a la fin de la semaine. D’ailleurs j’ai eu l’occasion pendant vingt ans de travailler dans le rugby pro avec pas mal d’entraîneurs, quelques très bons et d’autres moins bons, et je vais mettre en place ce que j’en ai tiré comme leçons.

Tout d’abord on va chercher à bien préciser le rôle de chaque membre du staff et attaquer la semaine prochaine avec une bonne attitude pour travailler dur mais en toute sérénité.

Quel est votre projet sportif ?

Clairement cette saison le maintien est l’objectif sportif pour le club. Plus tôt on peut se mettre en position d’assurer ça ou au moins d’avoir confiance de l’assurer, plus vite on peut viser un objectif plus élevé. Sur le terrain ça veut dire qu’il faut un jeu simple, compréhensible et partagé par les joueurs, basé sur l’efficacité et la générosité.

Au-delà, mon espoir est de créer une ambiance et un environnement au club où les joueurs se voient progresser, se font plaisir et surtout ont des bons liens avec les supporteurs, les partenaires et la région.

Niveau stratégie, on a une équipe qui a de la mobilité, et qui pourra bien se déplacer donc on peut mettre en place un jeu de mouvement qui dépendra d’une générosité et respect pour les bases et détails.

Comment se sont fait les choix des entraîneurs adjoints ?

Je connais Manny depuis longtemps et j’avais connu Christophe déjà il y a trois ans, même avant de se croiser en phases finales l’année de la montée. Avec les deux je m’entends très bien. D’ailleurs Christophe a eu des contact avec le club avant moi cette semaine. Ils se parlaient depuis un moment pour chercher un vrai projet pour s’investir. J’ai été en formation avec Manny à Marcoussis. Il a une approche très moderne, exigeante mais ouverte. Sa force australienne, c’est le focus sur les habilités et les petits détails. Christophe, on sait bien que c’était un bon joueur dur et généreux qui a dû mettre a terme sa carrière trop tôt cause d’une blessure, et qui apporte ces qualités également en tant qu’entraîneur. Il a déjà entraîné plusieurs joueurs biterrois et le club n’a eu que de bons échos. Ça été rassurant je pense pour les actionnaires de savoir que deux tels mecs étaient disponibles, motivés et passionnés.

Manny Edmonds n’a jamais entraîné au niveau professionnel, pourquoi l’avoir choisit ?

Je l’ai peut-être déjà répondu au-dessus, et les dirigeants vont pouvoir expliquer mieux que moi. L’important c’est qu’il veut donner, il veut contribuer, il veut que les joueurs vivent une bonne aventure et une bonne progression comme il a pu avoir; c’est à dire progresser en se faisant plaisir, en optimisant ses forces et améliorant ses faiblesses, en faisant partie de quelque chose largement plus important que soi. Il a un très bon rapport avec des jeunes joueurs et le respect de tous de par son esprit et savoir-faire.

En un mois, comment expliquez-vous la rupture entre les joueurs et claude saurel ?

Je peux pas précisément en parler parce que je n’étais pas présent a tout moment et je dirais pas forcement qu’il y ait eu une « rupture ». Je pense qu’il y a à améliorer depuis un moment à ce club, au niveaux relationnel et organisationnel. Le contexte du rugby d’aujourd’hui a beaucoup évolué comme le jeu lui-même, et le fait de s’entraîner quotidiennement demande un coaching particulier.

Est-ce que malgré tout, Claude Saurel garde une fonction au sein du club (recrutement par exemple) ?

Ce n’est pas à moi de le dire pour l’instant; ce que je peux dire c’est que on est tous conscients de la contribution de Claude et Papy au club, en tant que joueurs, entraîneurs et amoureux.

Cela fait votre deuxième année que vous faite parti du staff et aujourd’hui vous êtes manager. Est-ce que les « erreurs » de vos prédécesseurs vont vous servir pour entraîner et ne pas refaire les mêmes ?

Oui bien sûr et aussi mes propres erreurs. Ainsi on apprend et on progresse. Les joueurs cherchent quatre compétences de leur staff: tactique, technique, relationnelle et organisationnelle. Compétence relationnelle ne veut pas dire être copain-copain, mais d’être franc et honnête, de savoir leur casser les couilles quand il le faut tout en restant professionnel et en offrant des solutions et surtout du soutien. Et également de savoir féliciter, et être fier des bonnes prestations tout en restant humble et au travail.

Maintenant que vous avez les pleins pouvoirs, est-ce que vous allez essayer de faire travailler aux trois-quarts un jeu comme vous l’avez pratiqué vous vu la pauvreté de l’attaque depuis le début de la saison.

Il faut se rappeler que le jeu des Blacks se mettait en place depuis quelques années et dépend d’unecertaine connaissance des joueurs, et d’un noyau fort du groupe. Ce dont on peut s’inspirer ou s’encourager c’est le fait que le jeu black est basé sur des trucs simples, un jeu simple et dynamique avec une exécution de très bonne qualité, ce qui vient de répétition à l’entraînement et un respect complet pour des détails et des « petites taches ». On fait tous avec nos moyens, je suis pas là pour appliquer un jeu « international ». Mais il y a des équivalences dans tous les niveaux, par exemple on peut presque rien sans une bonne conquête. Cette saison on se trouve avec une mêlée et une touche performante, il faut s’en servir, mais j’ajouterai le déblayage comme la vraie conquête d’aujourd’hui car il y en a entre 100 et 150 par match et sans nettoyage précis on ne peut mettre rien en place. Beaucoup de nos maux viennent d’un certain manque de compétence dans ce secteur, que ce soit des avants ou des trois-quarts; on arrive avec de la volonté mais sans précision et on se trouve souvent en infériorité numérique derrière avec ballon de pauvre qualité.

Vous connaissez les joueurs qui composent l’effectif. Est-ce que vous avez déjà certains choix en tête ?

Je suis ouvert. Tout le monde est là car on lui fait confiance et chacun a ses forces et ses faiblesses.

Et il faudra qu’on progresse tous ensemble donc forcément tout le monde doit se voir impliqué et avoir du temps sur le terrain. Je cherche améliorer notre jeu à un point où chaque joueur peut montrer ses vraies capacités et apporter tout ce qu’il peut à l’effort collectif. J’ai déjà des idées sur chaque ingrédient et sur certaines permutations, surtout au niveau des centres, de la charnière et de la troisième ligne, car les trois combinaisons ont vraiment besoin d’un équilibre et d’une cohésion. Après ce seront des décisions faites par le staff; Christophe et Manny apporteront une indépendance. Heureusement puisque j’ai joué avec plein de joueurs actuels, ce qui réduit pas du tout ma volonté d’être juste honnête et franc, mais je sais que certains hors de l’équipe me verraient bien trop affectif. On est tous là pour le mieux du club quand même et mon seul objectif a l’instant est de faire gagner l’équipe, pas de titulariser une équipe de potes.

Sur quels points vous et vos adjoints allez travaillé la semaine prochaine ?

La défense : organisation, communication et montée collective. Ce qui nous donnera une confiance pour pouvoir monter ensemble et être agressif.

L’attaque: déblayage, circulation et redistribution, générosité dans le jeu sans ballon.

Communication et organisation pour les deux.

Après il ne reste que la volonté d’y aller, se prouver, se montrer vaillant et digne des couleurs.

Pour combien de temps l’ensemble du staff a signé ?

Je ne peux pas parler pour les autres, mais personnellement je n’ai pas cherché à prolonger mon contrat. Je veux prouver mes qualités après les plusieurs semaines qui se sont vécues, j’en ai même pas parlé aux actionnaires. D’ailleurs les chiffres qu’on m’a attribués en tant que salaire me font rire, je suis là parce qu’on est bien installés à Béziers et je crois en ce projet et surtout en ce groupe de joueurs qui a un potentiel. Faire partie d’un club avec une histoire tellement riche et qui compte sur une passion et un soutien énorme du public qui me plaît énormément et me rappelle bien la renaissance à Canterbury en Nouvelle Zélande où on commençait a l’époque (1993) avec une fierté, une histoire a respecter et un soutien passionné, mais une aventure encore a vivre ensemble, et je ne souhaite que ça pour ce club et ces joueurs.