Damien Vidal : « Quand on descendait du bus à l’extérieur, ce n’était pas nous qui étions applaudis mais Olivier Saïsset et Michel Palmié »

25/04/2020
Rémy Rugiero

Damien Vidal, ancien joueur de l’ASBH, passé par Toulon, Grenoble, Narbonne et Agde, s’est confié sur notre site. Il nous raconte sa carrière, son vécu, son parcours pas toujours facile. Mais surtout son amour indéfectible des Rouge et Bleu.

⇒ Que deviens-tu aujourd’hui ?

J’ai créé ma société Midi Sol Méditerranée depuis trois ans maintenant. Nous sommes spécialisés dans le dallage béton lissé pour les surfaces artisanales et les professionnels, puis on propose également du béton décoratif, imprimé, balayé ou désactivé qui concerne plutôt les particuliers. Nous allons entamer notre quatrième année et nos locaux sont situés sur la Zone Mercorent à Béziers.

« Belle génération de joueurs à Capestang »
⇒ Racontes-nous tes débuts dans le rugby ?
 
Dans mon village à Capestang, on avait le choix entre le football et le rugby. J’ai démarré par le ballon rond jusqu’à mes huit ans. Par la suite, tous mes amis étaient à l’école du rugby, mon père était un joueur aussi du club, donc j’ai toujours évolué dans ce milieu avec un ballon dans les mains. J’ai eu la chance d’avoir comme directeur Jean-François Alary et d’avoir des belles générations de joueurs dans un petit village de 3.000 habitants. 
 
⇒ Plus tard, l’ASBH se dresse sur ton chemin, comment as-tu intégré le club ?
 
Laurent Cutillas et Pierre Gleyzes m’ont demandé de venir à Béziers. On s’est mis d’accord que si je venais c’était pour évoluer au poste de demi d’ouverture, poste que j’ai occupé en sélections, puisque je jouais centre à Capestang. C’était en cadets deuxième année. 
 
⇒ Quatre saisons sous la tunique pro, réputation de buteur mais aussi dans l’animation ?
 
Par rapport au jeu que prônait Olivier Saïsset c’est ce qu’on voulait proposer. Le coach s’était adapté à l’équipe qu’il avait. Ça partait d’une grosse conquête et on avait notre style de jeu. C’est vrai qu’on évoque toujours mon jeu au pied, mais j’œuvrais pour l’animation et la prise de décisions. Le tir aux buts m’a toujours plus et m’a demandé beaucoup de travail. 
 
« Du mal à regarder dans les yeux Saïsset et Palmié »
 
⇒ Quel impact a eu Olivier Saïsset sur ta carrière ?
 
C’est lui qui m’as mis le pied à l’étrier. Dans le rugby je n’ai plus de personne comme lui, avec Michel Palmié ils étaient respectés, on avait du mal à les regarder dans les yeux. La première fois que je suis entré dans le bureau de Saïsset pour signer mon premier contrat pro, sa table était remplie de feuilles d’exercices. Il m’avait dit que tant qu’il serait là, je n’aurai pas le temps de tout voir avec lui. Je n’ai jamais fait le même entraînement d’un jour à l’autre à Béziers. Mon sort était scellé au sien. 
 
⇒ Comment s’est déroulé ton départ des Rouge et Bleu ?
 
Je ne suis pas parti parce que je voulais aller à Toulon, j’avais resigné deux ans de plus a club. Olivier Saïsset avait besoin d’avoir un projet intéressant et ce n’était plus le cas. Le groupe Nicollin quitte Béziers également et on se retrouve sans garantie sur l’avenir. Les gens ont pensé que j’étais parti à Toulon pour l’argent alors que je touchais la même chose à Béziers. Comme une fracture s’est alors déclenchée. 
 
⇒ Et Mourad Boudjellal te contacte..
 
Cela faisait deux ans qu’on discutait au téléphone, mais je comptais rester à Béziers pour faire mes gammes et m’aguerrir à ce poste compliqué. Les événements se sont accélérés, Toulon monte. Le flou qui régnait au club était perturbant. Et la fin de la collaboration d’Olivier Saïsset avec l’ASBH également. On avait un tel respect pour lui et nous avions un groupe très soudé.
 
Toulon, trop vite.
 
⇒ Ton arrivée à Mayol..
 
Avec le recul je n’étais pas préparé. Un vrai choc avec la découverte du Top 14. Il me manquait de l’expérience pour gérer tout çà. Mais c’était l’année ou jamais de tenter cette aventure avant l’arrivée d’un certain Jonny Wilkinson. Tous les repères que j’avais mis en place n’avait plus de crédit à Mayol. 
 
⇒ Grenoble t’offre un nouveau challenge par la suite..
 
J’avais signé deux saisons à Toulon. A 22 ans je me pose des questions, ayant joué plus d’une douzaine de matchs au RCT et en sachant que Jonny Wilkinson et Felipe Contepomi débarquaient à l’intersaison. Soit je faisais le pari de tenter, soit je vais m’exprimer ailleurs. J’ai passé une année magnifique humainement dans ce club. Mais mentalement j’étais pas à mon sommet. J’étais parti de Béziers à contre-cœur. Comme l’impression de moins bien gérer ma carrière.
 
⇒ Jusqu’au voisin narbonnais..
 
Brice Chevtchenko m’a contacté, je n’avais plus d’agent. Ma femme était enceinte et je souhaitai revenir dans le coin. J’ai croisé avec bonheur Patrice Arlettaz. Un vrai passionné, franc et qui donnait beaucoup de liberté. D’entrée il m’avait indiqué avoir son équipe-type. A ses yeux j’étais remplaçant, montres-moi ce que tu sais faire et tu auras ta chance. J’ai retrouvé un immense plaisir. 
 
Edmonds le contacte, en vain
 
⇒ En guise de conclusion, le RO Agde avec ton frangin Matias ?
 
On l’a fait aussi à Capestang, on devait peut-être le faire aussi l’année où je suis parti à Toulon quand il était prévu qu’il intègre le groupe pro. Nous avons joué ensemble à Agde, un peu tard effectivement c’est ce qui est peut-être dommage. Manny Edmonds m’avait contacté durant cette période d’ailleurs pour un retour, mais les conditions n’étaient pas réunies. Je garde un très bon souvenir d’Agde et de son président Jean-Luc Fabre, un vrai passionné. 
 
⇒ Quel regard portes-tu sur ton frère Matias Vidal et son parcours ?
 
Au même âge que moi, il était plus doué. Il n’a pas été gâté par les blessures et n’a pu bénéficier autant d’opportunités que moi. C’était un excellent arrière très rapide. Il a fait une chose que tous les joueurs devrait s’appliquer et que moi je ne n’avais pas fait au départ, c’est prévoir leur après-carrière. Il avait cette fibre pour créer sa boîte (Vidal Diet Nutrition) et vu la situation actuelle, tous les clubs devraient permettre à leur effectif de préparer correctement leur reconversion. 
 
⇒ L’Avenir Bleu et Blanc, plus que jamais d’actualité pour toi ?
 
Oui au départ j’étais joueur, puis par la suite j’ai pris la co-présidence du club en m’occupant du domaine sportif. J’apprends tout doucement, c’est mon village et c’est très important pour moi. L’organisation prend beaucoup de temps, pour structurer le tout. Quand on passe de l’autre côté de la barrière après avoir été joueur, on se rend compte des difficultés pour rencontrées pour que le club puisse avoir les meilleurs moyens.
 
⇒ 12-23, 63 ème minute face à Toulon, Février 2008. Un moment magique ?
 
Ce match a une saveur particulière, on savait pas trop où on allait. Mais le groupe était uni et solidaire. Ambiance géniale et je réalise un gros match (24 points). Fin de saison dure aussi, on nous annonce d’abord qu’on est qualifiés, puis dans le vestiaire on nous dit qu’on l’est plus lors du dernier match. Nous étions exténués par la saison et le groupe était restreint. La déception fut énorme bien sûr. 
 
Les sauts de crapauds
 
⇒ As-tu une anecdote particulière à nous raconter lors de ton passage à Béziers ?
 
Nous étions en stage à Ax-les-Thermes. Nous avions une soirée pour décompresser. On avait un peu traîné. A cinq heures du matin, Michel Palmié nous réveille dans chaque chambre, personne n’a traîné. On est partis faire un footing avec la lampe-torche. On arrive sur le terrain, entraînement collectif donc beaucoup de monde nous regardait. On a passé 1h30 à faire des sauts de crapauds. Olivier Saïsset nous a réuni à la fin, a serré la main à chacun. Et il nous a fait comprendre que c’était la dernière fois. 
 
⇒ Quel joueur t’as inspiré dans ta vie de joueur ?
 
Mon père m’a toujours raconté l’histoire avec les anciens, j’ai été bercé toute mon enfance de çà. J’ai eu la chance d’avoir Didier Cambérabéro à Agde. J’ai toujours été marqué par une chose néanmoins. Quand on descendait du bus à l’extérieur, ce n’était pas nous qui étions applaudis mais Olivier Saïsset et Michel Palmié. Plus près de moi, Olivier Gargallo, Jérôme Labat, Olivier Sverzut ou Fabrice Culinat. Des gars comme Joël Koffi, Jeff Pedesseau, Christophe Coro et Brice Mach. C’est des mecs qu’on n’oublient pas. Yoann Audrin et Alain Bousquet m’ont apporté également. Quand je suis arrivé en espoirs j’ai eu la chance d’être encadré par ces joueurs. Ces partenaires qui disaient que si on me touchait sur le terrain, ça se passerait mal !
 
 
⇒ On te croise dans les tribunes de Raoul-Barrière..
 
J’ai Jonathan Best comme très bon ami, avec qui je m’entends très bien. D’ailleurs outre sa carapace, il mérite d’être connu car il est beaucoup plus profond que ce que certains peuvent en penser. J’essaye d’aller au stade quand mon emploi du temps me le permet. Après, concernant le club, je pense qu’il faut se fixer des objectifs raisonnables. Il faut de la stabilité et ça passera bien sûr par des résultats. Et qu’on puisse attirer un investisseur pour franchir un palier.
 
« Les poils s’hérissaient quand tu entrais sur le terrain »
 
⇒ Les supporters ?

On connaît la qualité de nos supporters, une telle passion et ferveur peu commune. Tu savais que quand tu rentrais sur ton terrain, les poils allaient s’hérisser. Quand tu vois les tifos en Tribune de Face c’est juste génial. Après c’est à double tranchant, parfois dans l’excès mais ce qui fait son charme. On s’est fait parfois siffler, c’est normal aussi

⇒ La suite ? 

J’ai tiré un trait sur ma carrière de joueur, j’aime profondément le rugby. Je bosse au maximum pour pérenniser ma société. Je remercie ma famille, mon épouse Laurie qui m’a suivi partout et m’a toujours soutenu dans ma vie. Elle est actuellement infirmière à Béziers et si j’ai eu cette carrière elle y est pour beaucoup. La suite, c’est mes deux enfants Sacha et Louise, et qu’il puisse nous arriver que de belles choses.
 
Propos recueillis par Rémy RUGIERO.
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