Chronique de la Rambarde : les Rouge et Bleu refont le coup à Aimé-Giral

15/11/2020
Rémy Rugiero

Ce derby était attendu comme un phare au milieu d’un brouillard, avec ce côté épicé voire édulcoré qui sied à ce type de rendez-vous. On aime, on adore, l’évoquer, oser les comparaisons, et malgré ce bordel sanitaire ambiant, nul ne pouvait l’ignorer ou le feindre c’est selon. USAP-Béziers, ça parle, ça chatouille les souvenirs, ça remue les rivalités. Et quand nos Rouge et Bleu, pardon nos Noir, enfin les Bleu Marine, lèvent les bras au ciel à Aimé-Giral, même tristement vidé de sa passion, on prend volontiers et on apprécie le moment.

Béziers martyrise le jeu au sol

De ce fait, il convient de raconter aussi les déboires biterroises dans le cheminement. Car si Perpignan peut présenter à souhait des circonstances malheureuses et justifiées, Béziers avec le report initial aura vu sa préparation tronquée après un revers qui passait mal dans les attitudes face à Oyonnax. Le regard noir et convaincu de Thibaut Bisman dans la semaine en disait long sur les intentions à venir. Car le constat que l’ASBH se déplace toujours aussi bien à l’extérieur trouve encore un écho à cette prise de conscience. Il s’étaient promis de réagir, d’hisser leur curseur. Il convenait d’attendre entre les faits et les paroles, ce que pouvaient bien entreprendre les Héraultais. Et pour tout dire, on sentait bien cette volonté, d’aller chercher en Catalogne une embellie. Sans détour, le comportement des joueurs ne laissaient guère présager le moindre doute, le moindre centimètre étant défendu bec et ongles, la défense biterroise s’en donnait à cœur joie. Les hommes de David Aucagne, à l’unisson, perturbaient la moindre offensive des locaux. Sans être flamboyants dans l’utilisation mais appliquant avec détermination le schéma de jeu travaillé dans la semaine. Jeu de pression au pied, montée agressive, soutien permanent, les ingrédients d’une éventuelle réussite. La pause intervient sur un score de parité (3-3), l’USAP ne parvenant que trop rarement à imposer son rugby, la faute à une vaillance poussée à l’extrême des visiteurs sans la réduire à sa plus simple expression.

Déclencheur de confiance ?

La suite se passerait presque de commentaires, des morts de faim, des chiens de la casse, des aboyeurs, les biterrois s’évertuaient à tuer la moindre opportunité adverse et se montraient bigrement efficaces au sol dès que la possibilité était envisageable. Et Monsieur Marbot récompensait l’équipe la plus rapide, la plus investie au sol. Un domaine maîtrisé à la perfection, rendons hommage au staff pour le travail effectué sur la circulation adverse, Perpignan n’a pu exister sans ses traditionnelles munitions. Passé de nombreuses minutes, fades ce n’est pas insultant, Béziers trouvait de l’avancée, prémices d’un changement à venir ? Les faits viendront confirmer cette impression et l’essai de pénalité accordé fera basculer le destin de celle-ci dans les bras de l’ASBH (3-10, 60 ème). Sans se mentir, sont revenus les douloureux souvenirs vécus à Biarritz et Vannes, deux ténors déjà bousculés par les joueurs du bord de l’Orb. Mais comme cité plus haut, la tenue d’une promesse, un derby face à l’USAP, ça ne se galvaude pas. Et tous les supporters derrière leur écran où avec l’oreille tendue sur leur transistor ne bouderont jamais leur plaisir. Le sprint final sera palpitant, Béziers encaisse un essai de Thibauld Suchier, et quelques frayeurs pouvaient subsister. Que nenni, un dernier contest, un symbole adéquat de la prestation des biterrois, jusqu’à l’audace d’ôter le bonus défensif aux Sang et Or. Assumée on vous dit, cette équipe ne doit son salut qu’à sa propre remise en question.

Alors bien sûr en terme technique, le duel d’hier soir n’aura jamais atteint les antipodes ni même le nirvana d’une esquisse de lancement protée de part et d’autre. Si cela offusque le puriste, on l’invitera aussi à appréhender le contexte et la situation qu’on ne doit pas occulter. Le ressenti des joueurs et du staff appuient dans ce sens, ce n’est évident pour personne, même si Béziers n’as pas eu trop à souffrir de reports excessifs. Hier soir l’ASBH s’est battue avec ses armes, mais le plus important c’est la conviction qui fut employée. Ce registre à la hauteur, les Rouge et Bleu l’appliquent depuis quelques saisons. Avec parfois des résultats inespérés. Vaincre l’USAP sur ses terres n’est jamais anodin. D’autant que les catalans étaient invaincus à domicile depuis une transformation en bord de touche de Thibauld Suchier en 2018. Il est temps de savourer ce dimanche et d’apporter encore et toujours le soutien que mérite cette formation. Les détails et autres considérations n’ont pas lieu d’être, surtout un soir de victoire à l’extérieur concernant un derby..

Rémy RUGIERO

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