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Interview : Pierrot la Science

article rédigé par Brescou le 12 septembre 2011




Nous ne pouvons vous oublier, Pierrot, tant vous avez pesé sur notre ASB et pour tout ce que vous lui avez apporté.

Vous êtes né à Toulouse et c’est dans cette ville que vous avez sûrement commencé le rugby

J’ai commencé le rugby dans les prés après l’école. Les écoles de rugby n’existaient pas et nous nous formions nous-mêmes. On pouvait jouer partout sans aucune entrave. L’urbanisation n’était pas comme maintenant !

Mon père étant joueur à Toulouse-Lalande, j’avais donc son exemple.

Et puis, après cet apprentissage aux champs et en toute liberté, je passais aux choses sérieuses avec l’équipe junior du club « Toulouse-Cheminots Marengo Sports »

Par la suite, j’ai joué à Castelnaudary et puis à Albi. Je répondais à une sollicitation d’un ami, ancien demi d’ouverture de Castelnaudary Pierre Duffau qui m’avait demandé de venir.

Je comprends, il voulait un bon demi-de-mêlée, avec une passe longue et prenant des initiatives.

(Pierrot ne le dit pas mais c’est ainsi…)

Et Pierrot de poursuivre :

Je fis mon service militaire à Toulouse tout en jouant à Albi. Après quelques mois, je fus affecté au Vème train à Toulon en qualité de chauffeur d’un général. Le comble, je n’avais pas le permis !

Je peux le mettre Pierrot ? Il y a prescription.

J’ai donc signé à Toulon. J’ai eu l’honneur d’être appelé dans une sélection française pour une tournée en Tunisie et je fus même remplaçant en équipe de France en 1950.

J’étais de la tournée en Argentine en 1954 avec Lucien Rogé d’ailleurs que je connaissais et qui était déjà international.

Par la suite, j’étais capitaine de l’équipe de France B pendant quelques années.

 Et vous venez à Béziers en 55.

 Pourquoi avoir choisi Béziers qui n’était qu’un club moyen avec une finale perdue en Coupe de France contre un club prestigieux qui sera notre bête noire, Lourdes ?

Béziers, était une ville qui me plaisait d’autant que j’ai toujours été fasciné par la mer.

 Mais surtout, j’avais joué contre l’ASB et j’avais été impressionné par la volonté des avants biterrois avec en tête de proue André Gayraud et beaucoup d’autres comme Lacrampe, Moureu et d’autres que j’oublie. L’ambiance était telle que je n’ai pas hésité une seconde et j’ai même été chouchouté.

Nous allons faire un petit tour dans le passé des finales. Quatre en cinq ans. C’est révélateur de la domination de l’ASB sur cette période.

Les supporters ne peuvent oublier votre élégance et votre jeu fait de finesse et d’intelligence.

J’ai une anecdote que m’a confiée Jean Arnal et qui lui est resté gravée.

Pour son premier match en première, vous l’interpelez et lui dites : »Tu vois ce maillot, et il faut qu’il soit comme ça à la fin du match ! »

Mon ami Arnal a exagéré ! Quand même, je n’étais pas comme ça… !

Vous aviez un entraîneur hors-pair, Raymond Barthès. Pour ma part, je venais aux entrainements à Sauclières et c’était un plaisir que de voir ce grand technicien diriger ses hommes, pour la plupart internationaux, devant plus de 500 supporters.

Le reproche que je peux faire avec le recul, c’est notre comportement latin. Nous étions désordonnés, nous manquions de discipline. Et un homme comme Raymond nous a beaucoup apportés.

La tournée en Afrique du Sud en 58 fut aussi salutaire à l’équipe de France, comme à nous trois, sélectionnés biterrois, avec Raoul Barrière et Lucien Rogé. Et cette rigueur, Raoul la garda précieusement pour les années à venir.

 Je voudrais citer l’exemple du grand joueur Jean Prat. Pour lui, l’attaque commençait dès la mise en mêlée et il affirmait que c’était uniquement le collectif qui permettait de faire du beau jeu.

Sans bons avants pas de bonne équipe. Les avants sont à la dévotion des lignes arrière.

Tournons la page internationale, Pierrot, à contre cœur, je le sais, et égrenons ces fameuses finales des années 1960 

1960 : La bête noire Lourdes. Avec Raoul, nous avons déjà évoqué cette finale

Nous les avions battus chez eux et chez nous…. et la finale nous la perdons !

Mais les causes alors ?

Un géant de l’époque nous priva de ballon. Crancée ! Du haut de ses 1.95m il assura toutes les conquêtes. A l’époque, nos secondes lignes faisaient pas 1.90 m. Même André Gayraud, qu’on appelait le grand ne faisait que 1.87m.

Et puis, nous avions peut-être gardé sur ce match cet « esprit latin » dont je parlais, tout à l’heure. Notre collectif s’en est ressenti.

1961 : Dax et votre drop légendaire au même titre que celui de Riton en 1974

A l’entrainement sous l’angle ou j’ai réussi ce drop, je m’y entraînais souvent. L’adversaire ne s’attend jamais à ce qu’on les tente de là ce qui permet de bénéficier d’un temps supplémentaire pour l’ajuster.

Je me plais à évoquer un super ailier que nous avions Robert Spagnolo. Si mon drop ne passe pas je sais qu’il aurait marqué ! Donc acte.

J’ajoute que Robert était un garçon qui donnait des bons jugements et qui me stabilisait même.




Une ombre de nostalgie trouble les yeux de Pierrot. On sent que l’homme est fidèle en amitié au-delà de la disparition de ce compagnon.

Le drop d’accord, mais ce fut une bataille d’avants extraordinaire et je leur rends vraiment hommage. Sans eux, nous n’aurions pas été champions.

Car derrière nous avions des jeunes de 20 ans comme Fratangelle et Bousquet.

Le peuple de Biterre attendait ce titre de champion. Ce fut la consécration. Un homme hors pair Jojo Mas était déjà aux manettes de l’équipe et je rends encore un hommage à ce grand président.

1962 : Contre les Agenais et un passage en touche dont on se souviendra toujours !

Méricq était en débordement et je ne pouvais le plaquer. Je l’ai alors poussé et d’après les photos décomposées de Miroir-Sprint Sports, on peut apercevoir qu’il a un genou en touche.

Méricq affirme qu’il a marqué. Nous jouions en Equipe de France ensemble et nous sommes toujours amis.

Globalement, nous perdons cette finale sur des relances de Razat en état de grâce et il faut l’avouer avec un peu de fatigue chez nous.

1964 : la honte, notre reculade en mêlée et votre courroux !

Cette année-là, on est arrivé en finale grâce aux coups de pied de Paul Dedieu et de moi-même. Nous avions perdu l’ossature du pack. On dirait maintenant les cadres. Il nous manquait Barrière qui avait pris la retraite et Gayraud, blessé. Francis Mas étant passé au Treize.

Cette année-là, on était heureux d’arriver en finale mais nous étions nettement moins dominateurs devant et pour gagner, comme je l’ai déjà dit, faut un bon paquet d’avants.

Je tiens à rectifier une certaine légende, sur un mauvais geste que j’aurais eu envers Guy Ribot.

Je ne me serai jamais permis de le souffleter comme je l’ai lu ou entendu. Nous l’avons simplement sorti du terrain, étant blessé.




Cette grande épopée terminée, c’est la retraite et une reconversion comme entraîneur.

En effet, je fus entraîneur pendant trois ans mais il était écrit que je ferai encore un match, le dernier à Cognac, j’avais 39 ans. C’était pour rendre service et qui était mon vis-à-vis ? Jacques Fouroux !

Lequel me l’apprit quelques années plus tard après la belle carrière qu’il fit en équipe de France.

J’entraînais donc l’ASB mais paradoxalement, je n’avais pas de demi-de-mêlée ! Je fis même jouer Salas !! et parfois Bousquet et Cabrol. Tiens celui-là, si je vous disais que c’était un bon, un grand de l’ASB !

Mais nous le savons, Pierrot ! Et lui ferons un petit reportage !

C’est bien ! Bon, continuons… Parlons des demi-de-mêlée. Serin était venu quelques temps, Robert Antonuccio aussi, mais Robert malgré des qualités énormes manquait peut-être de passion.

On est arrivé en 1/8ème de finale contre Tarbes mais sans un neuf de métier, mission impossible !

Maintenant, donnez-nous vos impressions sur notre ASBH.

Tout d’abord, je tiens à dire que pour moi le rugby c’était relationnel. Rentrer sur un terrain procurait une joie immense. Et j’insiste, nous étions heureux. Pour nous, c’était un plaisir.

Nous nous entraînions qu’une fois par semaine ! Et je vais vous avouer même une péripétie de nos sacrés avants. Ils faisaient exprès ces coquins de tomber les ballons pour pouvoir discuter.

Maintenant, je n’arrive pas à comprendre pourquoi nous avons régressé alors que nous avons une forte culture rugby dans le biterrois. Je souhaiterais que nous formions des jeunes du terroir et que nous puissions les garder.

Mais je respecte, bien entendu, les joueurs étrangers qui viennent nous aider à remonter.

Suivez-vous l’équipe actuelle ?

Je viens de temps à autre. Je ressens un grand espoir et je souhaite fermement un renouveau de l’ASB.

On vous a vu avec vos anciens équipiers de 1961 qui répondent toujours présents (à Tarbes, vous faisiez le déplacement pour aller saluer Félix)

Nous avons gardé une amitié très forte entre nous. Milou Bolzan, un homme adorable et d’une activité débordante comme il le fut sur le terrain, contribue à maintenir ses liens.

J’en suis très heureux mais les rangs s’éclaircissent. Nous venons encore de perdre un camarade, Bob Raynal.

Je salue avec vous la mémoire de Bob, Pierrot. Nous le voyions souvent au stade de la Méditerranée

On s’étonne que les champions de 71, 72 n’aient pas répondu à l’invitation du club, hormis quelques uns.

C’est dommage qu’ils ne viennent pas on serait heureux de les retrouver.

Merci Pierrot de votre amabilité. Il est temps de se quitter et nous aurions bien de choses à nous dire.

Ca fait du bien de discuter avec un grand ancien de l’ASB !