Le rugby, ça date de longtemps ?
J’ai commencé le rugby très jeune, à l’âge de 7 ans. J’étais alors au Stade Piscénois (Pézenas). C’est mon ami Papi Fort qui m’a donné envie de pratiquer ce sport.
As-tu toujours joué à l’ASB ?
Non, je n’ai donc pas toujours joué à l’ASB. Quand j’étais en cadets, j’ai joué trois, quatre matchs avec l’équipe première du Stade qui évoluait en deuxième division.
J’ai été sélectionné avec l’équipe du Languedoc et les dirigeants biterrois m’ont repéré. Je suis rentré à Béziers en 1973-174 en juniors. Mon intégration a été difficile. J’étais remplaçant. Je suis rentré au cours d’un match et j’ai fait bonne impression : Je suis alors devenu titulaire.

Quand as-tu commencé ta carrière avec l’équipe première ?
Mon premier match avec l’équipe fanion, c’était en 1975, à Béziers face à St Jean de Luz.
Quels postes as-tu joué ?
J’ai donc essentiellement joué ailier. Mais il m’est arrivé de faire des matchs au poste de demi de mêlée, demi d’ouverture ou encore au poste d’arrière.
Mon rêve c’étais de finir ma carrière au poste d’arrière. Je pensais pouvoir évoluer à ce poste avec l’arrêt de Jack (Cantoni). Mais l’entraineur m’a dit qu’il voulait un ailier de métier, j’étais alors le seul. C’est Philippe Bonhoure qui a joué 15.
Le Grand Béziers :
Faire partie du Grand Béziers : une fierté ?
Bien entendu, c’est un honneur de faire partie de la génération qui a tout raflée. Mais c’est surtout beaucoup de souvenirs avec les autres. L’ASB c’étais ma deuxième famille. J’ai beaucoup d’humilité envers ça.
Dans l’équipe, les plus jeunes étaient toujours à l’écoute des anciens qui les conseillaient, on se respectait beaucoup.
Quel est ton plus beau souvenir avec Béziers ?
Quand tu joues 6 finales, c’est pareil à chaque fois. La même pression, l’émotion. Donc ce n’est pas évident mais celle de 1977 contre Perpignan est celle qui sort du lot car c’est mon premier titre.
Raoul Barrière était un entraineur hors normes…
Raoul, c’est… (Il réfléchi) Raoul, c’était un professeur, un grand homme. Quand tu arrives dans un équipe de l’envergure de Béziers à 18 ans, tu es impressionné. Mais lui, il était toujours là pour te conseiller, t’aider à te placer. Il a toujours tiré le meilleur profit de chaque joueur de son effectif.
Quel est ton pire souvenir ?
Mon pire souvenir, c’est le pire souvenir de tous les joueurs de l’ASB de cette époque là je pense. C’est la saison 84-85 avec la mort de Pierrot Lacans. Ça a touché toute l’équipe, ce furent des moments difficiles.

Quel est le joueur biterrois qui t’as marqué le plus ?
Tu peux pas dire "un tel m’a marqué". C’est pas possible. Chacun t’aide dans l’équipe, ils t’apportent leur expérience.
J’étais complice avec Richard, notamment pour les petits côtés (sourires). Mais c’est surtout Henri Cabrol qui m’a aidé le plus je crois. Il te positionnait sur le terrain, il t’écoute. C’était presque un grand frère.
Quelle équipe t’a marqué le plus ?
Je crois que Agen était l’équipe la plus forte par sa qualité de jeu de trois-quarts. Dès que l’on perdait un ballon, c’était automatiquement danger pour nous. Il fallait être très vigilant.
Par rapport à la puissance du pack biterrois, ailier à l’ASB était facile ?
C’était un poste comme un autre mais c’est vrai que notre paquet était puissant. Pour l’anecdote, une fois sur un coup d’envoi, nos avants ont récupéré le ballon et sont allés marquer grâce à une cocotte. Mais, dès qu’ils étaient en difficultés, ils étaient contents que l’on soit là pour écarter les ballons. Il nous est arrivé plusieurs fois de marquer sur l’aile à la suite d’un gros travail de nos avants.

Quel titre t’a marqué ?
Le titre qui m’a marqué le plus dans ma carrière c’est celui de 1980, contre le Stade Toulousain. Je jouais donc ailier en première mi-temps sauf que j’ai du passer à l’ouverture au retour des vestiaires. Moi, je n’avais aucun repère sur le terrain. Les collègues m’ont aidé. Il fallait défendre comme des morts de faim pour ne pas perdre cette finale et on a tenu le choc.
Montchanin
Pourquoi Montchanin s’est passé comme ça ?
(Rires) Bien entendu, la question classique.
A la mi-temps, on a déjà inscrit 5 essais. Je ne me sentais pas en forme ce jour là et je voulais sortir à la mi-temps. Mais dans les vestiaires, Cantoni prend la parole et dit aux autres : « Vous donnez tous les ballons à Michel ». L’ordre a été exécuté. Moi, je suivais tout, mêlées, rucks… Et du coup, j’ai fait ce record d’essais. Mais des fois, les mecs ils m’attendaient dans l’en-but et me donnaient le ballon. Mais comme celui qui aplatit, marque l’essai, tout a été en ma faveur. Donc ce record a été cherché et donc, fait exprès.
Comment ont réagit les adversaires ?
Avant, tu avais 80 équipes en première division. Donc tu avais les équipes qui voulaient aller le plus loin possible et les autres qui faisaient « de la figuration ». Ces mecs là voulaient sortir un grand match chez eux, mais à l’extérieur ils se moquaient complètement du résultat. Et donc, c’est ce qui s’est passé pour Montchanin.
Penses-tu que l’on peut encore atteindre de tels scores aujourd’hui ?
Non, le niveau est beaucoup trop resserré. C’est quasi-impossible de retrouver des scores pareils.
Et maintenant ?
Qu’as-tu fait après la fin de ta carrière ?
Déjà, il a fallu que j’encaisse. Ça a été très dur pour moi de devoir arrêter le rugby. Tu dis stop à une grosse partie de ta vie. Je suis resté pendant un moment à rêver que je jouais encore. Ça me manquait et aujourd’hui, encore un peu.
Que penses- tu de l’ASBH d’aujourd’hui ?
L’ASBH a retrouvé son niveau. On ne peut pas parler de monter en TOP14 sans argent. Avec le rugby professionnel, ce n’est pas possible. Je pense que la ProD2 est le mieux pour Béziers. Ces dernières années, elle a été revalorisée, avec notamment des grosses cylindrées cette saison. Le maintien sera compliqué mais il le faudra absolument.
Hormis avec l’ASBH, fais-tu partie du monde de l’ovalie (Amicale…) ?
Oui, je suis avec les anciens de Valras. Le dimanche on va courir ensemble et puis on fait un peu de jeu. On fait deux ou trois matchs par ans. C’est bien de jouer un peu de temps en temps, ça nous maintient en forme.
Michel, merci pour ta gentillesse, et merci d’avoir fait de Béziers ce qu’elle restera à jamais. Et que ce record perdure encore longtemps !...