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Interview : Bernard Iché - Lo Mamèto, un joueur légendaire

article rédigé par Brescou le 29 août 2011

Lo mamèto , un joueur légendaire

Pour le centenaire de l’AS Béziers, Christian Brualla, un enfant du Faubourg, a sorti un excellent ouvrage qui a demandé un travail considérable en recherches et en entretiens.

Mais voilà, un oubli de taille et pire l’oubli d’un frère du Faubourg, a fait bondir une famille solidement implantée au cœur du vignoble biterrois à quelques encablures de ce village qu’était le Faubourg.

Il y eut une explication musclée entre enfants du pays parmi lesquels, Serge Teyssèdre, dit « lo Bagnas, le filleul de Marcel Iché, le joueur oublié, qui monta au créneau avec véhémence.

Pourtant Christian Brualla avait bien rencontré la famille Iché, avait récupéré quelques photos mais un problème technique avec le disque dur de l’ordinateur fut la cause de l’absence de Marcel sur le livre. Cricri, appelé ainsi par les supporters biterrois fit, depuis, amende honorable et s’en veut de cette défaillance informatique.

C’est pourquoi, nous nous trouvons aujourd’hui au Domaine de la Gourgasse, entre Canal et voie ferrée. C’est là que nous reçoit la famille Iché, une belle et dynamique dynastie qui s’est constituée après bien des périples aux quatre coins de l’hexagone avec même quelques incursions en Corse. C’était dans le domaine du ballon rond.

C’est Bernard Iché, ancien gardien de but professionnel qui nous reçoit avec son éternel sourire.

Parlez-nous, Bernard, de votre papa, celui que le monde de l’ovalie appelait " lo mamèto ".

Mon père, Marcel est né à Maureilhan en 1913, et entra directement en équipe première de l’ASB à 18 ans sans qu’il eu besoin de faire ses classes.

C’était un homme de la terre doté d’une force naturelle et surtout habité par une rage de vaincre hors du commun.

Sa vaillance malgré son petit gabarit en fit un des fers de lance du pack biterrois ce qu’appréciait bien sur le Président de l’époque, le grand tribun Jules Cadenat.




Et Bernard, le visage grave nous montre des vieilles photos de Miroir du Rugby pour bien montrer que « l’oublié du livre du centenaire » faisait bien partie de l’effectif biterrois

Et de poursuivre : « Mon père avait certes une réputation de teigneux, de dur au mal mais jamais il ne provoquait l’adversaire. Pour ce qui concerne, l’incident fâcheux de l’oreille, je tiens à préciser, et les talonneurs le comprendront, que dans une mêlée, Marcel avaient les bras et les pieds prisonniers et il recevait des coups portés violemment de toutes parts pour l’affaiblir. (Piliers, secondes lignes s’en donnaient à cœur joie). En légitime défense, il n’avait que ses dents pour se défendre et quand le lobe de l’oreille du pilier basque passa à sa portée, il la mordit avec tant de rage qu’il l’arrachât…

Bien sur, arrêt des hostilités avec le cri de douleur de l’homme à l’oreille coupée. »

La légende dit qu’il y eut deux versions : le lobe fut soit ingurgité soit recraché au pied de l’arbitre… »

Bien sur, on ne va pas approuver cette riposte sanglante mais faut dire qu’à cette époque, le rugby était très, très dur.

D’ailleurs, au match retour, mon Marcel ne s’est pas défilé en terre basque (Bayonne) et il eut les représailles à l’endroit par qui il avait « fauté ». Un sale coup de pied dans une mêlée lui coupa les quatre incisives de devant. Il finit la partie avec une livre de coton dans la bouche. Car, il n’y avait pas de remplaçants à cette époque.

Et c’est depuis ce jour-là qu’on le dénomma « lo mametto »

En occitan, le mamète. Il ressemblait à une mamète édentée. Et comme, il était homme, on mit le masculin de le, soit lo.

Il continua sa carrière et fit son dernier match à Toulon, peu avant le sabordage de la flotte. »

Merci Bernard ! Maintenant, on va un peu s’occuper de vous. Nous avions laissé entendre que vous, c’est le ballon rond ! Un paradoxe plutôt.

Vous savez, un gardien de but est le joueur de foot qui se rapproche le plus du joueur de rugby.

Jeu de mains, détente, se coucher sur le ballon comme un placage, plonger dans les pieds des attaquants, des gestes de rugbymen, non ?

Je pense qu’en étant gardien, je ne trahissais pas mon père.

Vous avez fait une carrière de haut niveau tout en étant vraiment moyen en taille !!

C’est vrai ! Déjà dès mon jeune âge, je me sentais petit. Aussi, je me pendais aux branches et ma foi, mes bras sont devenus longs. Ce qui est un sacré avantage pour un gardien. De plus, je ne sais si c’est du à une période passée dans un cirque (rires) mais j’avais une belle détente.

Au Bataillon de Joinville, je me suis trouvé avec Sainte-Rose qui était le recordman de France du saut en hauteur. On fit des tests de détente pure (sans la technique), je m’élevais de 100 cm et Sainte-Rose de 99 cm.

Si vous nous énumériez votre carrière ?

Mon premier grand club fut Anderlecht (63-64-65), puis retour à Béziers en 2ème division 66-67-68), un saut en Corse, Ajaccio (69-70-71) où je rencontrais une ajaccienne, Jacquotte qui devint mon épouse.

Retour sur le continent, Avignon (72), Paris FC (73-74) et encore Béziers (75-76). Je finis ma carrière à Lorient (77-78) stoppée par une blessure au genou.

Evidemment les vignes et les chants des cigales du Faubourg sonnèrent le rappel pour une retraite en terre de biterre.

Et oui ! Vous me trouvez là, comme gardien d’un Domaine viticole avec l’aide de mon fils, Marcel à qui j’ai donné le prénom de mon père. Mais, il ne pratique ni le foot ni le rugby. Nous avons reconstitué le vignoble en perdant certes du rendement mais nous produisons du vin bien côté avec des cépages plus nobles.


(D’ailleurs Bernard joint le geste à la parole en nous versant un de ses nectars avec des mains devenues calleuses et qui ont touché tant de ballons)

Notre travail ne nous empêche pas d’être des supporters de l’ASBH et nous espérons fermement que cette année du centenaire sera celle de la remontée.

Bernard, merci de cet entretien à la mémoire de votre père et rendez-vous dans les travées de la Méditerranée !

Merci aussi à Serge Teyssèdre, le filleul de Marcel qui naquit non loin d’ici au Domaine de la Jague. Grâce à lui, lo Mamèto et sa lignée sortent de l’oubli.

Henri GEOFFROY