Quelle analyse faites-vous de cette première partie de saison ?
Clairement ça a été très dur en tant que promu ; on a trouvé un niveau plus élevé que le niveau que l’on a vécu en Fédérale 1 ainsi qu’une densité physique impressionnante.
Vous avez un championnat à quatre équipes (Périgueux, Narbonne, Aurillac et Béziers), Vous y attendiez-vous ?
On s’attendait à une lutte pour le maintien, on s’attendait à devoir tout donner à chaque match. Ça ne changera jamais. Mais si on est performants on ne devrait pas attendre des résultats favorables. Evidemment les matchs retours contre ces équipes seront très importants, mais ils restent tous prenables. Je préfère qu’on se concentre sur notre prochain adversaire et notre performance, pas les autres équipes du bas de classement.
Ce sera donc serré. Cependant, Béziers laisse souvent des « points faciles » en route…
C’est vrai qu’on a pris moins de points quelques fois que ce que l’on méritait peut-être, par rapport à notre investissement. Les points contre Tarbes à domicile, par exemple, pourraient finalement nous coûter cher. Mais je reste persuadé qu’on est capable de contrôler nous-même notre destin ; ça veut dire que si on arrive à jouer constamment à notre vrai niveau, si on continue la progression qui est devenu évidente et si on garde le bon esprit des matchs de décembre, on restera en ProD2.
Avec seulement trois victoires et 17 points au compteur, vous êtes donc avant-dernier. Combien de points visez-vous de points pour vous maintenir ?
A mon avis il va falloir chercher des victoires tout d’abord avant de penser aux points. Clairement en cas de défaite évidente à la fin du match il faut penser au point défensif, mais je ciblerais au moins 9 victoires pour ce groupe, ce qui est complètement fiable. Ça veut dire 6 victoires sur les 16 matchs à venir, sachant que le calendrier des retours sera un peu plus favorable, surtout en janvier. L’équipe a bien évolué depuis le début de la saison, et vu la cohésion et confiance améliorées, on peut nous faire confiance. Il y aura du travail à faire, bien sûr.
Depuis le début de la saison, on voit une équipe de Béziers qui ne joue que part intermittence durant les matchs, à quoi cela est dû ?
On doit reconnaître l’habilité des adversaires, mais aussi notre naïveté des fois. Sans chercher des excuses, c’est difficile d’avoir une bonne cohésion dans un groupe qui inclut autant de nouveaux joueurs, qu’ils soient étrangers ou français. Après, on a entamé vite la saison avec un décalage de préparation vis-à-vis des autres équipes, mais on voit maintenant que niveau physique on est largement présent et en fait, on finit les matchs avec plus d’intensité que les autres. On peut espérer que ça va être pareil pour le reste de la saison. Des fois on n’a pas joué avec intelligence, mais je crois que ça arrive à cause de trop de volonté – quelques fois on a pu voirdes joueurs qui ont voulu sauver la patrie tout seul. Plus on joue ensemble, plus on apprend à maîtriser les moments forts et faibles ensemble.
En plus, en tant que trois-quarts (dont il y a pas mal de joueurs !) on a fait tourner le groupe pour que tout le monde progresse et se sente impliqué. Ça a été compliqué car je dois trouver l’équilibre entre garder une ligne de trois quarts constante, et à la fois faire jouer la plupart des joueurs. Cette manque de constance peut des fois coûter cher mais je suis convaincu qu’on progresse tous ensemble et on arrive à un point où tout le monde reconnaît les mouvements, les habitudes et notamment la communication de tous ses coéquipiers.
L’équipe doit encore grandir...
Bien sûr, et le groupe en général aussi. Nous le staff en plus. On a fait que six mois ensemble ; on sait bien que dans un sport comme le rugby, où l’esprit d’équipe s’annonce capital, du temps ensemble est irremplaçable. Comme j’ai dit, on espère pouvoir grandir plus que les autres équipes pour la deuxième moitié de la saison. Faut pas tarder quand même, mais je vois l’enthousiasme du groupe, le plaisir de travailler ensemble, la fierté et l’engagement l’un pour l’autre, et surtout la connexion avec les supporters qui commencent à s’ identifier un peu plus à ce groupe ; surtout l’effort et l’agression en défense.
Comment expliquez-vous que l’ASBH soit la plus mauvaise attaque de ce championnat ?
Manque de cohésion, manque de confiance, et le fait que le groupe a commencé à se construire autour de notre défense. La communication est très très importante et on n’a pas réussit à avoir une communication précise, forte et rapide. Ça empêche l’attaque plutôt que la défense, car en défense la communication vient largement dans l’organisation, avant l’action. Alors qu’en attaque il faut parler (et écouter) dans l’action ainsi qu’en préparation. On continue à travailler là-dessus. Et ça n’aide pas de faire des fautes bêtes qui empêchent l’enchaînement d’attaque – conservation du ballon, déblayage, présentation du ballon et les secteurs où on n’a pas été précis ou efficace tout le temps.
On constate également sur les matchs, le jeu de trois-quarts est un jeu « d’école » et peu de combinaisons sont exécutées. Pourquoi ?
Je préfère, derrière avoir moins de combinaisons mais plus de bonne exécution, ce qui nécessite communication et un niveau d’habiletés très haut. Car sans du bon timing, pas mal de combinaisons finissent derrière la ligne d’avantage, ce qui met le soutien (et surtout les avants qui doivent reculer pour nettoyer) sous pression. Dès qu’on se montre capables et efficaces pour la plupart des mouvements et passes simples, on pourra évoluer notre jeu. Mais normalement les bonnes décisions en attaque, plutôt que les combinaisons compliquées, mettent les adversaires en difficulté. Je ne préfère avoir que deux ou trois lancements, avec plusieurs options chaque fois pour que les joueurs puissent réagir à la défense en face. Ça nécessite encore une bonne cohésion et l’habitude de viser la défense. Donc comme les autres secteurs on travaille là-dessus !
En contre partie, la défense est un secteur solide…
Oui la défense s’est beaucoup améliorée et c’est un plaisir de voir les joueurs « attaquer » en défense. Ça peut beaucoup apporter à une équipe et surtout pour sa confiance. En plus les biterrois apprécient grandement l’engagement, l’agressivité et les autres valeurs qui sont souvent plus visibles en défense.
Si on analyse ces stats, peut-on en déduire que l’effectif biterrois est un effectif plus défensif qu’offensif ?
Evidemment on l’a été jusqu’à présent. On veut continuer avec cet esprit en défense, mais aussi augmenter notre jeu d’attaque. Souvent c’est en défense que la mayonnaise prend plus facilement.
Avec un entraineur des trois-quarts qui a été All Black, pouvez-vous nous aider à comprendre notre défaillance dans le jeu au pied (buteur et jeu au pied de dégagement notamment) ?
On n’a pas suffisamment travaillé je crois, et ça c’est ma faute. On travaille beaucoup sure notre cohésion, notre communication, nos courses et trajectoires, et peut-être que je nous ai cru trop compétents. En fait tous les joueurs sont capables, mais on ne le montre pas souvent dans le match, ce qui me déplait. Trop souvent on a tapé trop vite, sans s’organiser ou attendre qu’il y ait du soutien pour chasser, et puis pas mal de ballons tapés arrivent entre la zone pour mettre de la pression ou récupérer le ballon (chandelle), et la zone plus loin pour occupation. Donc on rend le ballon à l’adversaire trop facilement et se trouve sous pression nous-mêmes. Ça veut dire qu’il y a toujours beaucoup à faire individuellement (les coups de pied) ainsi que collectivement (organisation, communication, montée etc). C’est a moi d’évoluer nos séances et d’exiger plus de rigueur, et de corriger des fautes techniques s’il y en a.

Même si vous êtes plus spécialisé dans le jeu d’arrière, pourquoi Béziers n’a pas une mêlée solide, alors que l’on nous disait avoir des piliers de qualités ?
Je ne connais pas du tout la mêlée, mais je vois que c’est un challenge collectif, donc la solution viendra d’une amélioration collective. La mêlée est devenue encore plus anglo-saxonne, et il ne faut pas grande chose pour échouer quand on essaie de faire travailler ensemble huit gars qui sont souvent habitués à des méthodes diverses en mêlée. Les piliers, même s’ils sont devant, ne font qu’une partie de la mêlée.
Pourquoi tant d’indiscipline durant les rencontres ?
Comme d’habitude en rugby c’est une combinaison ; des fois trop de volonté, des fois manque bref d’intelligence (ce qui se passe en rugby…), des fois frustration. On s’y concentre tout le temps à l’entrainement, et c’est plus évident en défense maintenant où on cherche à reculer encore 50 cm juste pour assurer d’éviter un hors-jeu. Discipline ne veut pas toujours des pénalités ; discipline veut dire aussi concentration : réception propre d’un coup d’envoi après avoir marqué, pas de « pick-and-go » quand on a avancé après avoir franchit la ligne etc. Discipline c’est de mettre l’équipe avant l’individuel, et plus on joue ensemble plus on perd les bêtises individuelles.
Et cela est assez régulièrement suivi de carton…
Oui, et le seul truc positif de ça, c’est que parfois quand elle est à 14, une équipe peut se resserrer. Mais on préfère tous être à 15.
Quels sont les joueurs qui vous ont plu durant cette première partie de saison ?
Tous, pour des raisons différentes. Le talent de Malié, Cambérabéro, Bastien Vilaret. L’attitude positive et inspiration de Gmir ou surtout Chevtchenko qui pour moi est l’exemple de l’esprit de ce groupe. La dureté et rigueur de Dubois, Max et Julien. L’organisation et l’engagement de Howard, Siro et Lagardère, même si les actions invisibles de ce-dernier ne se font pas toujours apprécier par le public.
Est-ce que pour certains joueurs, nous pouvons parler d’un recrutement raté (je pense à Kerfhani ou encore Doumayrou) ?
Non je ne crois pas. C’est vrai qu’il y a certains qui n’ont pas beaucoup joué. Mais les deux nommés ont toujours à offrir : difficile à l’aile de briller quand la cohésion du groupe n’est pas complètement là. Abbes reste un joueur très talentueux et Quentin a toujours une vitesse impressionnante. Ils auront l’ occasion de jouer, et profiteront de notre progression. Mais je fais toujours confiance à tous les joueurs. Normalement on pourrait compter sur plusieurs blessures, mais (heureusement) pour nous les arrières il n’y en a pas beaucoup eu cette saison. Ce qui laisse disponible presque 20 joueurs pour les 7 (ou 10) places. Difficile à gérer des fois car tout le monde veut jouer. Après, l’important c’est l’attitude quand on ne joue pas. On disait souvent chez les Crusaders que les plus importants étaient eux, hors du 23, car ils imposaient le modèle à suivre pendant la semaine.
Parlons de vous Andrew, comment vous sentez vous dans ce nouveau rôle ?
Je dois avouer que celà n’a pas été simple – j’ai beaucoup à améliorer et au début ça ne me plaisait pas car c’était trop différent d’un vie de joueur et je n’avais pas l’habitude de m’organiser pour les autres, d’exiger certains trucs d’eux ou de leur parler franchement. Ce n’est pas encore naturel pour moi, mais je pense que je progresse et je crois en ces joueurs et l’avenir de ce grand club. Ce qui me déplait c’est qu’ils ne sont pas souvent récompensés pour leurs efforts. Mais on ne peut que regarder devant et ça va venir. En match il ne me manque pas d’être sur le terrain ; j’aime bien voir se faire plaisir les joueurs.
Ce ne fut pas trop dur d’arrêter de jouer ?
Non, j’étais frustré a la fin de l’année dernière car je ne me trouvais pas en bonne forme, j’avais deux ou trois petits soucis et à mon âge, il n’y a aucun plaisir de ne plus pouvoir faire comme on veut ou comme on faisait avant. Donc j’ai des très bons souvenirs (avec pas mal de mauvais…) mais j’étais satisfait de finir. Dans un groupe champion de France en plus !
Avez-vous quand même gardé une licence au cas où ?
Oui mais on espère de jamais voir le cas où…
Que pensez-vous de Philippe Benetton ?
Il est énorme pour moi ; c’est un mec pour qui nous les néo-zélandais avons beaucoup de respect, c’est un mec dur mais juste. Il se donne à fond et il a déjà fait progresser l’attitude du groupe. On peut dire que maintenant on a une attitude professionnelle. J’ai beaucoup à apprendre et il a tout vécu en rugby.
Un mot pour les supporters pour conclure ?
C’est le premier joueur sélectionné ! Le seizième et plus important. Les joueurs en ont besoin et l’apprécient beaucoup. En fait c’est pour ça que des fois à domicile ils ont trop peur de mal faire. Ils veulent décevoir personne. Et si après les matchs ils ne s’y approchent pas, ce n’est pas un manque de respect, mais plutôt la pensée peut-être qu’ils ne méritent pas d’être « fêtés »