De Sauclieres à Raoul Barrière : 30 ans de stade de la Méditerranée

12/08/2019

De l’eau, à n’en plus finir. En plein été. Le traditionnel orage du 15 août. Il avait un peu de retard, ce dont se seraient bien passés les Biterrois. Pendant 70 ans, l’eau a entouré le stade de Sauclières. D’un côté, le Canal du Midi ; de l’autre, l’Orb. Mais en ce 16 août 1989, elle a carrément investi le stade. Mais non pas celui qui a vu défiler onze Boucliers de Brennus. Non, le nouveau, l’immense coquille, au bord de l’autoroute. Le tout nouveau stade de la Méditerranée. 10 000 personnes détrempées étaient venues prendre place dans le nouvel écrin. Et personne n’a oublié cette date, lançant une nouvelle ère dans le sport biterrois.

UN STADE DISPROPORTIONNÉ ?

20 000 places, dont 13 000 assises, des équipements flambants neufs… le stade de la Méditerranée brille. Il faut dire que 110 millions de francs ont été investis pour la réalisation de l’enceinte, en vue des Jeux Méditerranéens de 1993. Aujourd’hui, cela équivaudrait à un peu plus de 26 millions d’euros. A titre de comparaison, le stade Yves-du-Manoir de Montpellier a coûté 63 millions d’euros au début des années 2000. C’est Georges Fontès qui a initié le projet, annoncé dès la fin de la saison 1983-1984, mais c’est son successeur, Alain Barrau, qui était élu au moment de l’inauguration.

Une des maquettes pour le futur stade de la Méditerranée, finalement non retenue.

Au matin du match inaugural contre le Stade Toulousain, le 16 août, Midi Libre n’hésite pas à écrire que la réalisation « parait disproportionnée par rapport aux besoins du sport biterrois », bien que le quotidien présentait La Méditerranée comme un « cadre que l’on peut qualifier de somptueux ». L’avenir dira plutôt que Béziers était parmi les pionniers à posséder un stade avant-gardiste, alors que le rugby n’était pas encore passé professionnel. Dix ans après les méthodes pionnières d’entraînement de Raoul Barrière, l’AS Biterroise se dotait d’un équipement pour retrouver son lustre. 

LA PREMIÈRE PREND L’EAU

Pourtant, il va faire piquer les portefeuilles. A tel point que le projet initial est raboté : exit le sauna, l’infirmerie, la salle de gymnastique… et même le bowling ! Un terrain et quatre tribunes, voilà vulgairement ce qui est finalement retenu. Et encore… le ceinture du toit a été réduite et les parkings uniquement empierrés. Mais la première est un énorme raté :  Le stade a tout bonnement pris l’eau. Tribunes inondées, voitures embourbées dans des parkings non goudronnés, plafonds tombés… même la tribune présidentielle n’a pas été épargnée. 

Les parkings du stade de la Méditerranée au lendemain du match inaugural contre Toulouse.

Du côté des dirigeants de l’ASB, l’arrivée dans le nouveau stade fait aussi mal à la trésorerie. « A Sauclières, nous étions, avant son rachat par la mairie, pratiquement chez nous. Le ‘propriétaire’ nous ristournait la part de recette que nous aurions dû verser. Cela, c’est fini et d’après les calculs que nous avons effectués, il faudra consacrer 400 000 francs (un peu plus de 96 000€) pour la saison au nouveau stade », expliquait Jean-Louis Martin, alors président. Dans le marasme aoûtien, difficile d’ambitionner un remplissage de cette coquille vide. Et l’ancien pilier qui dénoncera que le club n’ait pas été consulté dans la conception de ce nouveau complexe. En effet, le président biterrois aurait préféré un stade plus intimiste. Mais, il faudra s’habituer.

LA COUPE DU MONDE… PUIS LE DÉSERT

Malgré le flop inaugural, cela n’a pas empêché à la cité de Vaquerin et Lacans d’accueillir la Grand-Messe du rugby mondial. À trois reprises, la Coule du monde fera étape à Béziers. Surtout, le XV de France y est venu deux fois. En 1991, les Bleus affrontaient la Roumanie devant 20 000 personnes pour leurs débuts dans la compétition (30-3). Huit ans plus tard, c’est le Canada, sous les yeux de Jacques Chirac et de 19 000 supporteurs que les Tricolores ont dominé le Canada (33-20). Le tout, entrecoupé par un Fidji-Canada (67-18) qui avait réuni 13 500 personnes. 

Le stade de la Méditerranée lors de la Coupe du monde 1999.

A vrai dire, heureusement qu’il y a eu ces rendez-vous “Mondial”. Car les années 1990 ont été bien moroses. Seule la demi-finale de 1991 est venue sauver les apparences, tout comme la finale du challenge Yves-du-Manoir entre Narbonne et Bègles-Bordeaux disputée à Béziers. Mais le stade est vide, la coquille ne se remplit pas. Reléguée en deuxième division, l’ASB n’attire plus. Seule l’arrivée de la famille Nicollin à l’été 1999 va recréer une alchimie jusqu’ici brisée entre le club et ses supporteurs. Le contre-coup du départ de Sauclières ? 

DANS L’HISTOIRE DU RUGBY FRANÇAIS

Dix ans après avoir quitté son terrain historique, l’ASB brandit le bouclier Elite 2 en 2000 et remonte en première division. Le Top 16 et la qualification en Coupe d’Europe font revenir les troupes en tribunes. Mais le record d’affluence est réalisé avec la venue de Castres le 27 avril 2002, qui dispute sa demi-finale de HCup face au Munster (20 000 personnes). Un record devenu imbattable, après la construction des loges (2005), puis de la brasserie (2006), ramenant la capacité totale à 18 555 places. Au meilleur, l’ASBH aura rassemblé 16 002 personnes, un soir d’hiver, le 14 janvier 2006, face à Montauban. Pour une défaite.

Béziers avait accueilli Montauban devant 16002 personnes le 14 janvier 2006.

Mais la taquilla a affiché un “No hay billetes”. Pas pour Béziers, certes. Mais à La Méditerranée tout de même. Peu avant l’été, un jour historique du rugby français s’est écrit sur la pelouse où Dimitri Szarzewki et Yannick Nyanga ont effectué leurs premières foulées : l’équipe de France des -20 ans est sacrée championne du monde, le 17 juin 2018, face à l’Angleterre (33-25).

POUR RAOUL

Entre temps, Johnny a donné un concert devant 30 000 personnes, un bouclier de champion de France de Fédérale 1 est venu garnir l’armoire à trophées. Un maigre bilan toutefois en trente ans. Béziers pionnier des nouvelles enceintes, Béziers pionnier des malédictions des nouveaux stades ? Si les exemples se font rares pour le ballon ovale, ils sont légions au football : Le Havre, Valenciennes, Le Mans, Grenoble… 

Mais s’il est une chose qui demeure depuis trente ans, bien que l’esprit de Sauclières ne soit plus là, c’est bien la passion. Intacte. Indéboulonnable. Comme chevillée à celles et ceux qui, contre vents et marées, s’obstinent à soutenir leur club : les 1000 personnes un jour de 1999 lors de la descente en deuxième division face à Auch, les 800 présentes face à Calvisano en janvier 2003, les 2500 supporteurs contre La Rochelle peu avant de tomber en Fédérale 1, les 2000 en tribune contre Aix-en-Provence, en février 2012… mais aussi les 10 000 contre Massy un 1er mai, les 8 000 face à Nevers pour aller chercher un barrage au printemps 2018. 

Un stade vieillissant ? Désuet ? Loin de la pelouse ? Chacun se fera son avis. Reste que les tribunes sont encore remplies, colorées par les nombreux tifos de Rugbiterre. Le dernier en date ? Celui en hommage à Raoul Barrière. Alors, quoi de plus symbolique que de donner le nom du sorcier à cet énorme coquillage en cet été d’anniversaire ? Puisse son âme faire éclore la perle tant attendue dans cet écrin taillé il y a trente ans pour l’Association Sportive Biterroise.

Maxime GIL

Le tifo réalisé par Rugbiterre en hommage à Raoul Barrière.

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