Chronique de la Rambarde : Roulez jeunesse !

18/04/2016
Rémy Rugiero

 

Le capitaine Phoenix Battye, accompagné de Rémi Bourdeau et Lasha Lomidze / © Rugbiterre

La visite effectuée par les biterrois, sur les terres du champion lyonnais, s’annonçait forcément compliquée et délicate, surtout après la défaite subie par le LOU à Tarbes la semaine précédente, et la colère froide d’un Pierre Mignoni particulièrement agacé. Focalisé sur la performance de sa formation plus qu’aux festivités, trop précoces à son goût, en honneur aux célébrations de coutume, l’entraîneur avait annoncé la couleur : « Laver l’affront ». Et pour tout dire, le message n’était pas passé inaperçu, non pas que le trouillomètre était à son comble, mais car on pouvait prédire une réaction d’orgueil légitime. Au final, un score logique, pas d’humiliation comme prévue par certains et un Béziers courageux à plus d’un titre. Utile pour la suite des opérations.

UN LOU AFFAMÉ

Le contexte était donc prévisible. Remise du bouclier pour le champion, présence de personnalités telles que Paul Goze, président de la LNR, et Mr Thierry Braillard, secrétaire d’Etat aux sports, excusez du peu, tout était ficelé pour que Lyon fasse bonne figure afin d’honorer son titre en bon et due forme. Au milieu de cette agitation, disputée des conditions climatiques déplorables, le décor était planté. Difficile pour les Rouge et Bleu d’exister et d’essayer d’être considéré comme un vulgaire sparring-partner. Fallait pas gâcher la fête évidemment. Et le premier acte donnait raison aux souhaits des locaux, avec des rhodaniens fringants, appliqués en mêlée fermée, et très malins sur les extérieurs. Le score gonfle assez vite, avec Stephen Brett en parfait maître de cérémonie, qui distille des caviars en amuses-bouches pour le plus grand plaisir du nombreux public du Matmut Stadium. 31/10 à la pause, le bonus offensif déjà en poche, le tour est presque joué.

Dans ce premier acte, Béziers ne pouvait que subir les assauts du champion en titre, qui avait tant à se faire pardonner aux yeux du staff lyonnais. Des mouvements d’envergure, des actions de classe, des joueurs niveau Top14 qui auront agrémenté l’après-midi, de quelques situations savoureuses entre deux éclaircies. La réponse des hommes de Manny Edmonds ? Une combinaison bien exécutée sur une touche près de la ligne, conclue par Bakary Meïté en guise de consolation. Prémices d’un second acte plus équilibré, avec un discours positif prononcé à la mi-temps comme l’explique Thibault Bisman : « On s’est dit qu’il fallait redresser la barre et qu’on devait arrêter de les regarder jouer. » Des mots qui ont trouvé un écho dans le groupe biterrois, bien décidés à mettre plus d’impact dans leur jeu ainsi que davantage d’agressivité dans le secteur défensif à l’image d’un Simon Chevtchenko exemplaire.

UNE LUEUR SOUS LE DÉLUGE 

Le score n’étant plus une priorité, c’était bien les comportements qui étaient en question dans le second acte, à savoir si l’ASBH allait sombrer dans une partie cauchemardesque ou faire front et mouiller le maillot plus que de raison. Pas d’inquiétudes à formuler, avec l’entrée massive d’une vague de jeunesse venue prendre le relais, à l’image des Baptiste Phalip, Luigi Stragiotti, Kemueli Lavetanakoroi, Paul Champin, Cameron Ives et Morad Touizni, tous à l’unisson face à l’armada lyonnaise. Sans complexes. Un sentiment de fierté partagé par le coach Manny Edmonds : « Les jeunes ont amené du punch, je suis fier de la réaction, ils ont tous montré un grand cœur ». Malgré une défaite incontestable, le contenu de la seconde période sera forcément apprécié. Des dents serrées, des plaquages offensifs et une volonté manifeste d’exister durant la rencontre auront amené quelques motifs de satisfactions. Et c’était peut-être aussi, ce que Béziers était venu chercher, dans l’optique d’un sprint final qui s’annonce intense.

Au final, une formation à la sortie des vestiaires, qui aura eu le sentiment d’avoir donné le maximum, pour entretenir un état d’esprit primordial pour la suite et préparer au mieux la venue de Dax ce vendredi. Les blessures de Sabri Gmir et Bakary Meïté viennent ternir le tableau, d’autant plus que les joueurs en question seront écartés des terrains pour un long moment. Dans ce final qui devient franchement insoutenable pour les méninges, plus que jamais tout le monde doit se sentir concerné et être fin prêt à répondre présent pour arracher une demi-finale. C’est dans cette optique, que le staff biterrois s’est immédiatement projeté, plus le temps de regarder derrière, il faudra enfiler le bleu de chauffe et mettre les mains dans le cambouis pour s’offrir les phases finales. Et au passage, félicitations au LOU pour son titre de champion et son remarquable parcours, un accueil parfait et un public respectueux qui devrait en inspirer plus d’un par les temps qui courent.