Chronique de la Rambarde : un derby pour l’histoire ?

08/03/2018
Rémy Rugiero

Béziers-Narbonne, un derby pas comme les autres

Ce Narbonne-Béziers aura une saveur particulière à plus d’un titre. Comme à chaque fois nous direz-vous, avec son flot d’images et de souvenirs parfois douloureux et autrefois sympathiques. C’est le principal intérêt d’un derby, entre deux entités proches par la distance mais que tout ou presque oppose. Et vu les circonstances sportives des uns et des autres, il revêt certainement d’un caractère décisif pour l’avenir des clubs en question. Peut-être l’enfer pour les uns, l’espérance pour les autres, de quoi saliver d’avance sur ce duel qu’on aime tant qu’on se le dise..

NARBONNE AU BORD DU PRÉCIPICE

Si parfois l’exagération est permise, si le trait est volontairement forcé, si le contexte peut donner le vertige, il est impossible d’occulter les enjeux de la rencontre de dimanche. Prenons du temps, analysons la situation. Béziers surfe sur une dynamique positive. Depuis Novembre, le parcours de l’ASBH lui autorise de participer, du moins de lutter pour la qualification. Et gagner le derby doit contribuer à cette avancée, pour s’installer et laver l’affront subi à l’aller par des Audois parfaits ce jour-là. Du côté des Orange et Noir, c’est la soupe à la grimace pour ne pas dire la totale sinistrose qui s’est emparée du Parc des Sports et de l’Amitié. Scotché à la dernière place, présentant des résultats calamiteux, décevants dans chaque moment décisif de la saison, rien ne va plus pour la roulette du RCNM. Ce fossé entre les deux formations est quelque peu similaire lors de la phase aller. L’équipe s’était rendue dans l’Hérault en auto-gestion et avait proposé une remarquable leçon de rugby. Depuis, si les uns ont appris de leurs erreurs et ont constamment progressé en terme de résultats, les Narbonnais se sont écroulés, sans ressources et paraissant abdiquer devant la sentence qui se présente devant eux. Narbonne, bastion du rugby hexagonal est tout proche de la Fédérale 1 et toutes les conséquences inhérentes, suivez notre regard. Un succès dimanche n’y changerait presque rien, personne n’est dupe et cela ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour Béziers. Tiens donc ?

Voyez par là, un bref retour historique tout d’abord. Béziers a connu ses heures sombres également, son lot de tristesse infinie et de doutes. Une descente au purgatoire n’ayons pas peur des mots. Le sentiment de honte à peine voilée, que chacun se refusait à exprimer. Pourtant il a fallu reconstruire et courber l’échine. Apprendre l’humilité qui parfois désertait les couloirs à cette époque. L’histoire et son prestigieux passé ne valait plus grand chose comparé au chantier attendu. Il fallait remonter coûte que coûte. Appréciable aujourd’hui avec des perspectives alléchantes mais qui doivent toujours mettre en alerte contre le moindre faux pas. En un mot la stabilité. Il est vrai qu’à cette époque, le chambrage des meilleurs ennemis Biterrois était la règle. Les souvenirs douloureux, les joutes verbales de tout ordre, la vindicte populaire quoi. Qui marche dans un sens comme dans l’autre dans pareille circonstance. Narbonne qui descend, cela serait franchement triste. Pour le trésorier déjà non ? Les 6.000 personnes de moyenne sur une saison à la Méditerranée cochent tous la date du derby. Malicieusement avec les yeux pétillants, c’est le RDV incontournable. Le son des klaxons et des pétards d’un autre temps dans chaque antre, les luttes acharnées lors de l’époque dorée, les couleurs chaudes des deux côtés. La ferveur, le bruit, beaucoup de bruit qui déplace des foules, évoquent de merveilleux passages temporels pour les plus anciens et les nostalgiques d’entre nous. C’est bien de cela que nous ne voudrions plus sous prétexte qu’une frange s’est permis l’excès lors d’une saison cauchemardesque ?

QUALIFICATION EN POINT DE MIRE

Inutile de le cacher, Narbonne ne jouera pas sa saison face à Béziers. Et l’ASBH doit impérativement s’imposer, car un derby ça ne se joue pas cela se gagne (le raccourci était simpliste, comme pour une finale). Point de sentiment au coup d’envoi, c’est le meilleur respect envers l’adversaire et les nombreux supporters présents qui feront le déplacement. Qu’on ne se trompe pas sur l’ambition d’une telle opposition, Narbonne a perdu ses illusions face à Dax, Biarritz à domicile et dernièrement à Massy, où la pilule fut amère. Il reste aux Audois une question d’honneur. Cela tombe bien, pour les Rouge et Bleu il en est également question. Le match aller fut plutôt traumatisant. Le RCNM sans capitaine de bord étant venu jouer la partition idéale pour se relancer. Un succès bonifié avec la manière. En ces propres termes, la Tribune de Face fut groggy. Même si depuis, les lots de consolation se sont enfilés et ont permis de restaurer une côte d’amour. Les hommes de David Gerard et David Aucagne n’auront d’autre objectif que la gagne. Le contexte adverse n’entrant pas dans la préparation, pour gagner il faut savoir faire abstraction de certains éléments. Si l’on peut s’émouvoir du destin Narbonnais lors des prochaines semaines, Béziers ne doit pas occulter ses priorités. Sortis d’un match ouvert face à Bayonne, qui réconcilie avec une idée de jeu et d’initiatives permanentes (ce qui n’exclut pas le déchet, on ne peut pas tout avoir), c’est un défi qui s’annonce au Parc des Sports et de l’Amitié qu’il convient de relever en tout point.

La capacité d’enchaîner les rencontres sera primordiale, les derniers résultats acquis aux forceps auront laissé des marques. L’usure se fait ressentir comme pour toutes les équipes en lice pour cette course intense et savoureuse vers l’eldorado. Tout l’effectif sera concerné, on gagne à 30,31,32 voire plus. Bien plus, si l’on s’attarde sur les hommes utilisés durant la totalité de la compétition. L’ASBH s’est imposée 4 fois hors de ses bases, pour distancer Bayonne son principal concurrent, un succès à l’extérieur semble nécessaire avec un parcours impeccable à domicile. C’est le contrat qui lie les joueurs avec leur histoire. Celle qu’ils peuvent écrire, car la majorité n’ont pas connu ce bonheur. Et c’est important de l’évoquer, car dans une carrière sportive, un match de phase finale vaut bien des sacrifices. Un moment magique aussi bien dans les sphères professionnelles qu’en amateur. Une récompense collective, le fruit d’un travail débuté très tôt au mois de Juillet. Le jeu en vaut la chandelle, à portée de quelques crampons et coups de rein qui feraient la différence. Le peuple Biterrois sera au RDV comme la plupart du temps, dans les bons comme dans les mauvais moments. Cette fois-ci, il sera question d’envisager une suite chaleureuse, loin de la guerre pour le maintien habituelle et des complications. Une chance offerte aux Rouge et Bleu de frapper un grand coup face aux voisins. Un derby unique comme celui de Bayonne-Biarritz, que beaucoup nous envie et qui pourrait disparaître selon l’évolution. Prenons du plaisir, ne soyons pas revanchards sur le passé. La seule revanche sportive, c’est l’échec du match aller. Et nous serons tristes de voir certainement le meilleur ennemi Biterrois quitter la ProD2 vers d’autres cieux. Personne ne souhaitant l’absence temporaire ou non d’un rival historique dans notre noble rugby que l’on chérit..

Rémy RUGIERO

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