Chronique de la Rambarde : clap de fin pour Béziers ?

23/04/2016
Rémy Rugiero

Déception, manque d’envie, absence de combat, tous les adjectifs ont été sortis après la pâle prestation biterroise hier soir à la Méditerranée. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, comment ne pas rendre un vibrant hommage à cette magnifique équipe dacquoise, venue logiquement donner la leçon à Béziers. Paradoxe entre une équipe qui joue sa survie dans ce championnat et une autre qui avait encore son destin entre ses mains pour une qualification. En 80 minutes, les Rouge et Bleu ont quasiment réussi l’exploit d’anéantir les promesses d’une saison. Épilogue d’un scénario déroutant à plus d’un titre…

 

TIMING INDÉCENT

Revenons tout de même sur le contexte de la rencontre. Béziers avait laissé au repos plusieurs cadres après le déplacement à Lyon la semaine dernière (d’ailleurs peut-on parler de cadres après la copie rendue hier soir à quelques exceptions près), et avait laissé entrevoir une embellie après le joli match contre Albi et l’abnégation face au champion. De quoi préparer sereinement la réception de Dax, qui avait fait le boulot face à Aurillac juste avant, et s’accrocher à cet espoir de qualification. Et pourtant, rien ne laissait présager un tel fiasco dans les comportements et l’attitude générale des hommes de Manny Edmonds. Les landais avaient faim, de ballons, dans les plaquages, dans l’avancée perpétuelle avec un jeu dans l’axe très performant. Et puis comment ne pas citer Thomas Ceyte, l’ancien biterrois, néo-dacquois en fer de lance qui se rappelle aux bons souvenirs de ses détracteurs. A l’image du seconde ligne, Dax décomplexé, qui sévit sur les quatre coins du terrain pour un score de 20/7 en faveur des visiteurs à la pause, sans la moindre contestation possible. Béziers ? Aux antipodes, pas enclin à freiner les irrésistibles ardeurs landaises tout simplement.

Le pire était à venir. Pourtant rapidement de retour sur le terrain, après les sermons mérités dans les vestiaires, il était attendu une réaction d’orgueil, une once de révolte pour remonter ce satané tableau d’affichage. On l’aura vu, par bribes de façon désordonné, à l’image du jeu biterrois actuel, des initiatives trop individuelles qui n’auront que trop rarement fait vaciller les hommes de Raphael Saint-André (malgré les 4 essais inscrits). Pour preuve, le nombre incalculable de fautes sifflées à l’encontre des héraultais, par l’excellent arbitrage au demeurant de Monsieur Cédric Clave, histoire de démontrer une fois de plus, que Captain Battye et les siens étaient tout proches d’un naufrage absolu. On touche du doigt les difficultés biterroises, à savoir que ce collectif si impressionnant voici quelques mois, s’est délité de façon spectaculaire pour finalement proposer une bouillie de rugby indigeste hier soir. Il n’en fallait pas tant pour que les dacquois sautent sur l’occasion et viennent lentement mais méthodiquement, marquer des points à chacune de leurs incursions dans le camp des locaux. Déroulé assez invraisemblable d’une équipe désorientée dans ses convictions, sans réelles solutions, et qui n’avait pas d’autres alternatives pour changer la donne. 35/24 en faveur des landais, un score incroyable mais qui après tout, symbolise tant cette fin de saison.

BÉZIERS PAS INVITÉ ET POURTANT…

C’était le sentiment général qui prédominait au coup de sifflet final. Une chape de plomb en quelque sorte qui s’est abattu entre une tribune présidentielle muette comme à son habitude et une tribune de face qu’on aura connue plus contestataire auprès des siens, c’est l’ensemble du club et de cette fin d’exercice qui s’est retrouvé épinglé. Le constat est clair. Les Rouge et Bleu ont acquis leur maintien très tôt dans ce championnat, fin Janvier pour être précis. De quoi envisager la suite dans des conditions idéales, eu égard aux traditionnelles saisons tumultueuses, avec la quête d’un maintien jusqu’au bout. On s’est d’ailleurs peut-être trop habitués à cette situation, conflictuelle, qui ne demande aucun relâchement et qui exige un état d’esprit exemplaire. Béziers n’a tout simplement pas assumé ce nouveau statut qui lui tendait les bras. Pourtant à 3 journées de la fin, même si l’on espère être dans le faux malgré tout, il paraît impossible d’accrocher une qualification, d’autant plus que les autres prétendants connaissent des dynamiques ultra-positives. Il est d’autant plus inutile d’incriminer tel ou tel joueur. Quand on gagne c’est ensemble. Dans la défaite c’est la même réalité, et on peut toujours tirer quelques conclusions de l’échec, plutôt éloquent face à Dax.

Personne ne sera insensible à cette soirée cauchemardesque. Les amoureux du club ont parfois eu un sentiment de trahison comme on peut l’entendre çà et là. N’exagérons pas non plus, la Terre continuera de tourner mais il suffit de regarder les réactions épidermiques sur les réseaux sociaux pour en dire quelques mots. Il est ridicule d’entendre ou de voir des insultes envers certains faits, comme il est pénible d’apercevoir des personnes qui s’érigent en pompier de services à la moindre critique. Il y a un juste milieu à tout cela. La finalité de l’histoire c’est que Béziers nous aura fait rêver pendant de très longues semaines, une décennie à attendre de tels matchs aboutis ne l’oublions pas. Le revers de la médaille, on le paye indéniablement aujourd’hui, avec cette philosophie de jeu exigeante, demandeuse dans l’intensité et le soutien  qui semble se retourner contre les Rouge et Bleu. L’effet de surprise n’existe plus et c’est tout un système qui fait défaut. C’est peut-être un début de réponse aux résultats décevants de l’ASBH depuis ces derniers mois, moins fringante et qui pourrait procurer un goût finalement amer à cette saison. Dommage.