Chronique de la Rambarde : Béziers surmonte les limites…

05/03/2018
Rémy Rugiero

Benjamin Desroche et ses coéquipiers poursuivent leur chemin en conservant la 6 ème place

C’est bel et bien par ces termes qu’il convient d’analyser cette victoire Héraultaise face à l’Aviron Bayonnais dimanche (35-30). Sur le fil du rasoir, parfois proches de craquer, défensivement à la peine face à des Basques redoutables sur les contres, les Biterrois sont toujours restés dans le match et s’offrent un succès prestigieux. Pour défendre cette 6 ème place et s’en aller défier Narbonne pour un derby qui s’annonce exceptionnel dans les tribunes. Récit d’une rencontre où l’enjeu n’a jamais tué le jeu.

DÉFENSE AU BANC DES ACCUSÉS

L’ASBH ne voulait pas rater ce rendez-vous, surtout après les promesses affichées du côté de Bendichou la semaine auparavant avec les 4 points ramenés de Colomiers. Transformer en quelque sorte l’essai et prouver si le besoin s’en faisait sentir, que les hommes de Jonathan Best pouvaient enfiler le costume d’outsider dans cette lutte à la qualification. Il est toujours bon de rappeler d’où vient cette formation, aux abois courant Novembre, et qui au fur et à mesure des journées, endosse parfaitement son rôle : celui de trouble-fête du championnat. Une étiquette qui sied plutôt bien aux épaules Biterroises, une source de motivation supplémentaire pour créer une dynamique (10 victoires sur les 13 dernières rencontres) et s’autoriser aux rêves les plus insensés. L’essai de Dorian Marco-Pena en est la plus belle illustration dans les ultimes secondes. Face à Nevers, Colomiers, à Perpignan l’ASBH avait démontré cette force de caractère. Et ce n’est que rarement le fait du hasard, un état d’esprit s’est forgé sur la durée et cela peut parfois vous proposer les plus beaux scénarios dignes d’Hitchcock.

Pourtant tout avait mal débuté pour les locaux, clairement paralysés voire sous pression dans chaque initiative. D’emblée, le mal était identifié avec des passes hasardeuses, des plaquages dans le vide et un mal fou à inverser la pression. Sans conservation, difficile pour Béziers de développer son jeu et la mise en place d’une structure autoritaire pour contrarier l’Aviron qui montrait les muscles. Au fil des minutes cependant, le sentiment global que l’ASBH tenait le bon bout et redressait la tête. Si Davis avait nettoyé le tableau d’affichage côté visiteurs, Béziers imposait de longues séquences, habituelles par les temps qui courent. Chacun à sa place, dans le soutien, la pénétration et la bonne course. Les offensives plus tranchantes permettront à Gmir et Pinto-Ferrer de valider cette domination. Mais on vous avez prévenus, ce match estampillé phases finales n’avait pas encore donné son verdict. Rouet viendra doucher l’ambiance avant qu’une pénalité rapidement jouée par Puletua, n’envoie Ramoneda en dame pour virer en tête à la pause.

LES GAMINS AU POUVOIR

Partie débridée, temps de jeu à foison, recherche systématique des extérieurs. Qui peut prétendre s’ennuyer devant de telles initiatives de part et d’autre. Le spectateur en aura eu pour son argent et une forme de réconciliation permanente avec un rugby hermétique et méthodique que l’on voit trop souvent à l’étage supérieur. C’est la principale force de Béziers, qui arrive à enchaîner et varier les plaisirs. Mais le dernier geste où une trop grande gourmandise dans les choix de jeu, ont ralenti la progression au score. Bayonne toujours à l’affût, ne se fait pas prier pour insister sur un débordement magistral. L’essai de l’ouvreur Du Plessis n’était la conséquence d’un mal récurrent à la méditerranée cette saison : l’incapacité à tuer un match. Dans ce chassé croisé intense, les supporters ont poussé les siens dans leurs derniers retranchements. L’apport du banc fut salutaire, et au-delà de l’effet porté, il s’avérera certainement judicieux dans les prochaines échéances. L’essai de Desroche confirmera le bien-fondé de l’idée qui commençait à poindre dans les travées : Béziers n’abdiquera pas aussi facilement. Si Bustos-Moyano viendra rappeler qu’il avait toujours un beau coup de pied dans les dernières minutes, tout pouvait laisser croire à une défaite cruelle et la fin des illusions pour la suite. Les détails auront leur importance, entre une réception mal assurée d’un côté, un ballon cafouillé de l’autre et une inversion d’attaque pour porter l’estocade, les émotions furent vives dans le money-time.

Une débauche d’énergie qui commence à peser sur les organismes ne soyons pas dupes. Si les avants ont dominé en conquête directe, l’usure est palpable et la gestion d’effectif sera primordiale pour mener à bien la fin de saison. Les 7000 personnes présentes dans l’antre Biterrois auront apprécié à sa juste valeur la réaction d’orgueil de ses protégés. Réaction c’est peut-être l’observation in fine qui pourrait faire défaut, car Béziers ne se comporte jamais aussi bien quand il décide d’imposer son jeu. Facile à dire, avec des garçons pour certains très sollicités et qu’il faudra utiliser à bon escient par le staff. La victoire contre Bayonne permet de poursuivre une remontée vertigineuse au classement. Malgré le point de bonus défensif laissé en route, l’ASBH est 6 ème à 5 journées de la fin. La suite du calendrier s’annonce immensément passionnante. L’intérêt sportif étant véritable, l’engouement sera à n’en pas douter exceptionnel à Narbonne ce dimanche. S’inviter au bal des qualifiés, parmi les prétendants du haut de tableau n’était pas une simple affaire. Sans trop faire de bruit, Béziers s’est construit et jouera des coudes jusqu’au coup de siffler final face à Nevers pour la dernière journée. Pas mal pour une équipe censée être ignorée des pronostics du mundillo rugbystique ?

Rémy RUGIERO

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