Chronique de la Rambarde : La Tribune de Face, ce précieux baromètre..

14/01/2020
Rémy Rugiero

« Une ferveur qui disparaît, des interrogations pour une composante vitale qu’il conviendra d’analyser ultérieurement.. »
Chronique de la Rambarde, 14/12/2019.

Au soir d’un succès face au voisin carcassonnais, nous nous étions interrogés au-delà du résultat positif, sur la baisse singulière de la fréquentation au Stade Raoul-Barrière. Des explications fusent à l’esprit, une certaine dégringolade dans l’engouement clairement perceptible. Partons à la recherche des potentielles raisons d’un constat amer après la claque subie face à Nevers.

ÉTIOLEMENT VISIBLE

Démarrons par le sportif, son actualité depuis plusieurs mois et son évolution. Des témoins de passage ne manquent pas, des moments de bonheur comme des circonstances douloureuses. Les aléas d’un club professionnel et ses turpitudes au gré de ses résultats, son caractère, sa représentation. La base d’un socle commun auquel se greffent dirigeants, staff et joueurs. Sans écarter le supporter, élément impérieux dans la construction de l’émotion et des souvenirs.

Après cette analyse brute, cherchons à regarder l’évolution de l’ASBH. Les Rouge et Bleu ont connu une ascension, en terme comptable et humain. Des noms, talents, compétences ont accompagné le club vers une forme de mutation. Jusqu’à son point d’orgue et cette qualification en barrages face à Mont-de-Marsan. Inoubliable, cette marée de gens amoureux et passionnés, toutes générations confondues. Symbiose de mise et espérance générée par trop d’années de disette et d’anonymat. On touche du doigt l’espoir du supporter qui demande à rêver, vibrer et partager l’émotion.

Point d’orgue, car depuis le contexte s’est transformé en situation bancale. Jusqu’à sortir des tribunes certains passionnés ancrés Rouge et Bleu hors des sentiers du stade. On exagère ? Il suffit de prendre le pouls, le cœur de ce club que représente la Tribune de Face. Une Rambarde qui se déserte, des critiques qui jaillissent, des connaisseurs, car le public biterrois ne doit rien à personne, dans l’incompréhension. Et cette image terrible, d’un public qui vous quitte à la 58ème minute en tournant le dos à ses protégés. Scène déjà vue dans les années 2000, pour d’autres raisons. En tendant l’oreille, en écoutant les doléances, en archivant les griefs, la tendance est plutôt sombre.

Reda Wardi, Steve Fualau, Lua Lokotui, Phoenix Battye, Rémi Bourdeau, François Ramoneda, Baky Meité, Josh Valentine, Lachie Munro, Sabri Gmir, Julien Blanc, Thibauld Suchier, Jean-Baptiste Peyras-Loustalet et tant d’autres qu’on oublie. Des cadres, des meneurs, des étoiles filantes, décisifs grâce aux partenaires qui les entouraient. Des pertes graduelles, entre les retraités, les aspirations et les envies d’ailleurs. C’est le jeu et Béziers reste soumis à cette règle inévitable. Sauf que le substrat, la quintessence d’un groupe tend à s’étioler. Certainement pas pour faire injure aux présents, ce n’est pas le genre de la maison. Ces garçons actuellement ont souvent répondu aux exigences, à l’adversité, aux éléments pas toujours favorables.

Le centre de formation, la cellule de détection aussi, sont aujourd’hui les prismes essentiels de la politique actuelle et de la vision des dirigeants. Intention louable qui répond à l’air du temps, d’une notion de JIFF décortiquée, contournée, mise en avant comme un vulgaire trophée alors que cela devrait être considéré comme la normalité. Et comme une affirmation frénétique de la seule issue. Point de vue tout à fait acceptable, sans négliger toutefois l’encadrement à des postes stratégiques. C’est le concept de la contradiction, qui s’exprime aussi par les réactions d’orgueil du public. Factuel.

DÉSAMOUR OU SIMPLE PARENTHÈSE ?

C’est ainsi que l’on peut s’interroger : Sportivement le désastre de la prestation face aux nivernais ne mérite pas plus de synthèse. L’équipe est passée au travers, les joueurs l’ont benoîtement reconnu. Pas une première, puisque les dix dernières défaites à la maison se sont toutes soldées par des gifles (sans aucun bonus défensif, une statistique éloquente). Oui, à Béziers, on ne fait pas les choses à moitié.

La Tribune de Face n’a pas apprécié. Elle si gouleyante, bruyante, espiègle. Depuis de nombreuses semaines, elle se tait. N’est plus au diapason, déçue par le spectacle proposé. Factuel aussi. Oserions-nous le parallèle avec un désamour ? Une déception d’enchaînements réguliers, d’amertume palpable dans les conversations qui nous lient les uns aux autres. Pas sur les réseaux sociaux ou derrière des pseudos qui durant des années, distillent leur vérité ou leur bile pour la gloire du « je le savais », ou « je vous l’avais dit ». Sidérant au possible, sociétal malheureusement.

Mais revenons à nos moutons. Pourquoi la ferveur disparaît ? Pourquoi il devient difficile pour Rugbiterre d’organiser un bus faute de participants ? Pourquoi la défiance des supporters grandit auprès des dirigeants ? Pourquoi les gens s’ennuient de plus en plus au stade ?

La ferveur se dissipe, les Rouge et Bleu bataillent depuis la saison dernière avec un contenu plutôt réducteur. Raoul-Barrière est tout de même une forteresse incontournable, nombreux des concurrents s’y sont cassés les dents. Même si le match de Biarritz le jour de l’hommage et la défaite face à Colomiers induiront quelques dégâts insoupçonnés. Et oui, aujourd’hui organiser des déplacements relève du parcours du combattant, la première partie de saison accordant des kilomètres à avaler pour les plus courageux. Pour Colomiers, un déplacement prisé logiquement, les demandes sont faméliques. Dur quand on repense aux 800 qui s’étaient déplacés à Michel-Bendichou il y a peu. Étiolement, on vous dit. Les dirigeants ? L’intersaison fut agitée, le gouffre financier, les aides et les discours diversement commentés. Ils nous ont assuré qu’ils faisaient le maximum pour pérenniser le club. Cédric Bistué rappelait avant la rencontre que « les gens voient bien que le club est sain ».
Une décennie de présidence n’est-elle pas usante ? 

En évoquant le staff, appliqué et solidaire, quoi leur reprocher ? L’expérience est à peaufiner certes sauf pour David Aucagne qui chapeaute le tout. Mais la force de travail et les convictions qu’ils affichent (on pense à Sébastien Logerot et Gaby Bocca) sont incontestables. Factuel encore. Étayer ces questions que vous vous posez, qui inquiètent les supporters de Sérignan, Vendres, mais aussi de Pézenas, Corneilhan où Paris (vous êtes partout en France et à l’étranger) obligent à les soulever.

Finissons avec les joueurs, les plus fascinants à raconter. Les explications de texte ont eu lieu. Les comportements affichés ont interloqué jusqu’à des interprétations qui dépassent le domaine sportif. Nous n’entrerons pas dans ces débats, chacun doit assumer ses actes et ses responsabilités. On retiendra certaines déclarations qui ne laissent présager d’aucun doute sur la réaction. La claque de Nevers n’était pas acceptable, nous verrons les attitudes sur le pré. La saison s’annonce peut-être blanche, le maintien et la qualification semblant lointains, eux seuls (les acteurs) peuvent infléchir cette précision. Par contre, il y aura une chose immuable, c’est l’institution ASBH. Et elle doit être plus forte que tout. Les dirigeants, entraineurs, joueurs passent. Seuls restent les supporters.
Qu’on se le dise..

Rémy RUGIERO

Tags: ASBH,