A force de donner le bâton, Béziers s’est fait (sévèrement) battre par Biarritz

25/03/2019

Dimanche 24 mars 2019, Béziers s’est incliné pour la première fois depuis plus d’un an à domicile, face à Biarritz (12-23). Un revers difficile à encaisser à cinq journées de la fin du championnat mais terriblement logique au regard des dernières prestations des Rouge et Bleu.

Il y avait un match à ne pas perdre à la maison dans l’histoire de l’ASBH. Celui où l’on rendrait un dernier hommage au Sorcier de Sauclières, lui qui a conduit l’AS Biterroise dans son incroyable quête du bouclier de Brennus mais qui l’a surtout dirigée (une partie) durant son historique record d’invincibilité à domicile.

LA REVANCHE BIARROTE

Ce jour-là est arrivé. Mais Béziers est passé à côté. Non pas de l’hommage populaire qui lui a été rendu, mais sur l’hommage sportif. Cruel destin de l’histoire que de mettre fin à plus d’un an d’invincibilité à domicile par une défaite le jour du dernier adieu à celui qui a lancé la folle série de 94 succès de rang sur un bout de verdure entre le Canal et l’Orb. Mais quoi de plus logique qu’une telle revanche biarrote alors que l’ASBH avait elle-même mis fin à la série d’invincibilité des Basques à Aguilera. Le retour de bâton.

Un bâton qu’agitent tout de même depuis trop de temps les Biterrois pour se faire battre. Car une défaite remettant en cause l’objectif de fin de saison leur pendait au nez depuis longtemps. Concrètement, depuis le passage à 2019. L’ASBH était restée maître à domicile certes, mais de quelle manière. Simplement au courage et de manière étriquée, comme si le vieux sorcier ne voulait pas voir La Méditerranée tomber avant de partir. Un sublimation sortie de nulle part avait toujours, jusqu’ici, permis aux hommes de David Aucagne et David Gerard de s’en sortir, malgré une pâle copie. Ces victoires, ainsi que le succès décroché à Massy, n’étaient-ils finalement pas qu’un cache-misère ? C’est bien probable…

“ON A PEUT-ÊTRE PAS EU ASSEZ PEUR ?”

Loin de nous l’idée de remettre en cause la qualité de l’effectif qui s’est ancré dans le top 6 depuis la 14e journée et une victoire… à Biarritz. Simplement, ce revers interroge. Et soulève de nombreuses questions que l’on préférait mettre de côté ces dernières semaines, tant les résultats plaidaient en la faveur des Biterrois. Comment expliquer cette défaite ? Surtout, comment expliquer que l’ASBH n’ait pas vu le jour de toute la rencontre, subissant les vagues successives de Basques qui auraient pu finir bien plus souvent dans l’en-but ? “Quand on a peur, on est là. On a peut-être pas eu assez peur aujourd’hui”, expliquait Jérôme Porical après le match. “On est une équipe à réaction, c’est usant pour tout le monde. Il faut faire preuve d’un peu plus de maturité, de contrôle et de maîtrise dans nos matchs. Sauf qu’en ce moment, on ne maitrise rien du tout” commentait de son coté David Gérard.

LES LIMITES D’UN GROUPE RESTREINT

Et de poursuivre : “Ça fait très longtemps qu’on ne passait pas loin du couperet, donc il fallait que ça arrive.” Un mal pour un bien ? C’est tout ce que l’on espère. Mais ce revers permet de mettre en lumière de nombreux points jusqu’ici passés sous silence. Un groupe « à flux tendu » depuis des semaines et qui n’a pas pu compter sur des renforts malgré une infirmerie souvent bien remplie. Les blessures des uns ont fait le bonheur des autres, c’est sûr. Béziers a découvert Karl Wilkins, Thomas Hoarau ou encore Jean-Baptiste Grenod, mais a également vu Yassine Maamry prendre de l’importance en 2e ligne, tout comme Wesley Douglas à l’aile. Une jeunesse qui apporte un nouveau souffle, certes, mais qui doit apprendre à canaliser son énergie.

L’action symbolique de ce trop-plein de dynamisme restera la percée de Tyrone Viiga sur le renvoi après l’essai de Porical (43e). Le 3e ligne perce plein champ mais cherche à faire vivre le ballon au lieu de temporiser. Conséquence, les Biarrots récupèrent la possession et finissent dans l’en-but. Béziers ne s’en relèvera pas. L’absence de l’habituel capitaine, joueur le plus utilisé depuis le début de la saison, s’est faite ressentir lors de ce match : “Jonathan Best, dans le jeu, c’est celui qui ralentit tous les ballons, qui règle l’équipe”, analysait Francisco Fernandes.

LE NEANT OFFENSIF

A l’issue de la rencontre, le pilier regrettait également la volonté de trop jouer à la main. Un constat qui pourtant interpelle, tant l’animation offensive des Rouge et Bleu semble proche du néant. L’ASBH n’inquiète pas, ne déséquilibre pas et doit s’en remettre à la pointe de vitesse de Wesley Douglas ou à un exploit personnel de Pierre Bérard. Et les chiffres traduisent cette impuissance : Béziers est la 11e attaque avec… moins de 20 pts d’inscrits en moyenne par match, et même pas deux essais. Quand la saison dernière, le club avait terminé quatrième meilleure attaque avec près de 25pts par match et plus de deux essais en moyenne.

Il faut dire que quand “c’est pas huilé entre le 9 et le 10”, selon les termes de David Gérard, il est compliqué de prétendre à quelque chose. La charnière Munilla – Katz, qui avait pourtant affiché un visage encourageant à Massy, n’a pas pesé, entre un demi de mêlée qui a fait face à son manque d’expérience et un demi d’ouverture vite retombé dans ses travers. Et difficile de donner un nouveau souffle à tout cela avec un demi de mêlée remplaçant davantage tourné sur le jeu d’avants et un demi d’ouverture de substitution devenu méconnaissable depuis qu’il est allé chercher de la stabilité ailleurs sur les bords de la Méditerranée, alors que David Gérard ruminait encore après ce revers que “on a du mal à travailler dans la continuité. Et c’est la stabilité qui t’amène la continuité. Aujourd’hui, on a zéro stabilité.”

Seule la vitesse de Douglas, la volonté de Bérard et la précision au pied de Porical viennent à peine compenser l’absence de créativité de la paire de centres, quelle qu’elle soit. Dépité, Jérôme Porical concédait pourtant que “on fait beaucoup de vidéo et on travaille beaucoup sur le terrain. Mais le jeu n’est pas comme on le souhaite, c’est sûr…” Qu’il est dur de voir ces trois-quarts si peu prolifiques avec un ancien numéro 10 à leur tête…

“ESSAYER DE RESTER DANS LES 6”

Au rang des satisfactions ? Une défense malgré tout acharnée, des avants plutôt maîtres de leur sujet et un buteur fiable. La recette fait toujours miracle en ProD2. Pour se maintenir, c’est une certitude. Pour envisager une 4e place, cela est peut-être moins vrai. “Est-ce qu’on mérite mieux à l’heure actuelle ? Je ne sais pas”, interroge David Gérard. Avec ce revers, Béziers pointe à la 6e place, à sept points de la 4e, objectif pourtant clairement annoncé par la Direction. Surtout, les Biterrois n’ont plus qu’un petit point d’avance sur la 7e place. De quoi faire dire à Jérôme Porical que “aujourd’hui, on va parler d’essayer de rester dans les 6 parce que ça va être très compliqué.” Francisco Fernandes n’espère qu’une chose : “Que ça nous mettre une bonne claque pour repartir.” Aux joueurs de prendre leur destin entre leurs mains…

Maxime Gil

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